Samedi, 25 octobre 2014

Implosion pétulante au Galpon

JEUDI 19 AVRIL 2012
Pierre Dubey et Jane Friedrich.
DR

GENEVE • Au Théâtre du Galpon, «Etre là», de Sylviane Dupuis, mis en scène par Martine Paschoud, bouscule la marche du quotidien.

«J’ai besoin d’être seul au milieu des autres», c’est ainsi que le héros de Sylviane Dupuis exprime l’ambiguïté de sa présence immobile et silencieuse dans un lieu public. Etre là – mis en scène par Martine Paschoud, au Galpon à Genève – raconte la rupture d’un homme avec le système et les gens qui l’entourent, dont il ne peut pourtant pas se passer tout à fait. Il choisit d’occuper l’espace et d’afficher sa révolte à la face d’un public qui s’en empare malgré lui, et qui tire de son malaise intime une révolution d’envergure planétaire.
Bouleversant de présence et de subtilité, le comédien Pierre Dubey donne la réplique à l’attachante Elima Héritier, hyperactive en rollers avec laquelle il entretient un jeu de séduction toutefois un peu trop convenu. La jeune fille cherche en vain où se poser dans un monde qui n’a pas besoin d’elle. L’homme, plus mûr, s’est installé tant bien que mal dans un «ici provisoire» qui s’éternise, dérangé par les passants qui ne savent pas si son discours à la fois clair, cohérent et insolite est celui d’un fou ou bien celui d’un sage, s’ils doivent tirer le malheureux de sa torpeur ou se nourrir de lui.
Tiraillé entre le silence dans lequel il s’enferme et les passants auxquels il impose la vue de son retrait social, l’homme réprime les intrusions sous toutes les formes, englobant dans son refus les institutions qui pourraient donner de l’élan à la révolte qui l’anime. Vincent Aubert joue les parasites: journalistes et photographes sont violemment priés de se tenir à l’écart.
Jane Friedrich brille dans son rôle de vieille mégère à l’importune faconde et dans celui de la grand-mère tendre et sereine. Sympathique également la caricature du jeune surdiplômé campé dans son savoir et dans ses idéologies (Julien Mages). Et la fluidité du dialogue de Sylviane Dupuis est auréolée de poésie avec des effets de sons et quelques vagues fragments mélodiques.
Martine Paschoud réalise une mise en scène d’une simplicité brillante, au service d’un texte qui interpelle, toutes générations confondues. En fin de spectacle, un tract révolutionnaire entre les mains qui nous incite à notre tour à «sortir du jeu» et à cesser de travailler, on hésite à brancher son réveil (et à écrire des critiques de théâtre...)

 

Jusqu’au 29 avril, Théâtre du Galpon, 2 rte des Péniches, Genève. Ma-sa 20h, di 18h. Rés. tél. 022 321 21 76, www.galpon.ch

 
Le Courrier
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