Grandeur et décadence
Avec Led Zeppelin, on tient la matière idéale pour l’une de ces biographies sulfureuses, cocktail de sexe, drogue et rock’n’roll qui assure le succès en librairie (les confessions de Keith Richards étant le mètre-étalon du genre). Editeur marseillais éclectique et consciencieux, Le Mot et le Reste propose un vaste catalogue d’études thématiques consacrées aux marges sonores (heavy metal, post-punk, musiques électroniques et expérimentales) ainsi que des biographies de pionniers emblématiques (Eric Dolphy, Jimi Hendrix, Magma). De là à présenter Hammer of the Gods comme l’ouvrage «de référence» sur Led Zeppelin, il y a un pas qu’on regrette de voir l’éditeur franchir sous prétexte de marketing.
Cette traduction d’un best-seller controversé du journaliste Stephen Davis, publié en 1985 et mis à jour depuis, s’attarde avec délectation sur les frasques, nombreuses mais aussi exagérées, qui ont contribué à façonner le mythe Led Zeppelin. Négligeant les processus de création, les interactions avec le reste de la scène musicale: pas un mot sur les alter ego Deep Purple ou Black Sabbath, très peu sur le mouvement punk né en réaction aux mégagroupes comme Led Zep. Moins encore sur le contexte culturel et social des seventies, qui vit toute une jeunesse se passionner pour ce quartet flamboyant, certes virtuose et sexuellement «chargé», mais désespérément creux.
La peinture d’un groupe narcissique, misogyne, organisé comme un gang, mais aussi fragile, payant cher ses excès (alcoolisme, toxicomanie, dépression, décès du batteur John Bonham), n’en reste pas moins éloquente.





