Mercredi, 22 mai 2013

Fnac, l’agitateur agité

MERCREDI 22 FéVRIER 2012

DISQUES • Plus de 300 acteurs de la scène romande interpellent le géant de la distribution, qui compte rapatrier sa logistique en France. L’intéressé temporise.

Drôle de guerre sur le front de la distribution phonographique en Suisse romande. D’un côté, 300 acteurs de la scène locale – artistes, labels, agents, distributeurs de disques indépendants et autres professionnels de la branche. De l’autre, la Fnac qui se voit reprocher par les premiers un retrait qui, s’il se confirmait, représenterait une catastrophe commerciale. «La Fnac représente 10% du chiffre d’affaire des distributeurs indépendants, et 50% des débouchés pour les disques indépendants en Suisse romande», affirme Renaud Meichtry, musicien et responsable du distributeur Irascible. Or Fnac Suisse, en réponse immédiate à ce communiqué alarmiste, s’est fendu du sien pour nier catégoriquement les propos de ceux qui sont d’abord leurs partenaires commerciaux. Poker menteur?

De Vernier à Paris
Concrètement, la crainte des artistes et distributeurs vient de la restructuration en cours chez le géant culturel français, qui possède quatre succursales en Suisse – deux à Genève (Rive et Balexert), une à Lausanne et une à Fribourg. En janvier, le groupe PPR, propriété de l’industriel François Pinault, a annoncé un train d’économies de 80 millions d’euros visant la Fnac. Immédiatement, les regards se sont tournés vers les filiales étrangères, notamment helvétiques, même si ses responsables ont opposé un démenti à tout départ.
Reste que la logistique – dont les commandes de disques, en l’occurrence – sera vraisemblablement rapatriée de Vernier (GE) vers Paris. Une «logique de rentabilité» qui fait craindre pour le développement des émergences locales. «Il est inconcevable pour le premier disquaire romand d’être un soi-disant acteur de la vie culturelle régionale en étant assujetti à des choix élaborés à 500km d’une réalité locale forcément spécifique», tonnent les acteurs locaux. Parmi ceux-ci figurent aussi bien des musiciens (Mama Rosin, Polar, Sarclo, Fauve, Michel Bühler, Water Lilly) que des distributeurs et labels (Irascible, Namskeio, Voodoo Rhythm, Disques Office, Musikvertrieb) ou des fondations et organisateurs de concerts comme CMA, les Docks, l’Usine, Electron, Antigel, Cully Jazz et même le Paléo Festival.

«Des synergies sont étudiées»
On imagine mal que les craintes de tout ce beau monde soient basées sur du vent. C’est pourtant le cas, si l’on en croit la réponse de Fnac Suisse. Celle-ci «condamne l’ensemble des propos (...) qui ne s’appuient sur aucune concertation préalable avec notre enseigne, aucune information valable et vérifiée, et assure que l’ensemble des réflexions actuelles vont dans le sens du développement de la culture locale.» Interrogée par Le Courrier sur la réalité de la restructuration, Sophie Kart, responsable des actions culturelles de Fnac Suisse, estime que si «des synergies sont étudiées» au sein de l’entreprise, toute conclusion est prématurée. Elle se veut rassurante, estimant que «la valorisation des produits culturels régionaux fait partie de l’ADN de la Fnac.» Si elle dit comprendre les craintes des auteurs du communiqué, Sophie Kart regrette une démarche unilatérale aux conséquences fâcheuses: «Des collaborateurs apprennent qu’ils pourraient être licenciés, alors que ce n’est absolument pas à l’ordre du jour.»
Secrétaire syndical d’Unia Genève, Joël Varone est nettement moins optimiste. Selon lui, les 80 postes de la centrale de Vernier – qui gère aussi bien les commandes que la billetterie et le marketing–  sont bien menacés. «Nous avons rencontré les responsables de la Fnac, qui nous ont dit... que nous recevrions à mi-mars les détails de la restructuration. Evidemment, cela ne nous a pas satisfaits.» Du coup, des actions de protestation – pour l’heure modérées et à l’interne – ont eu lieu cette semaine. Unia promet une action plus médiatique dès la semaine prochaine, si la direction ne montre pas de volonté de négocier. «Fnac fait des bénéfices en Suisse. Mais son propriétaire compte vendre l’enseigne, à plus ou moins long terme. Les économies servent à rendre la mariée plus belle.» Affaire à suivre. 

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