Festival: les esprits écoutent, la musique chamaniste envoûte
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«Les esprits écoutent.» Ces trois mots susurrent que le monde est hanté. Ainsi s'intitule le festival de chant et musique sibériens qui commence demain à l'Alhambra de Genève et au Théâtre du Pommier de Neuchâtel, après avoir résonné au musée du quai Branly, à Paris. Autant l'écrire d'emblée, la salle genevoise va abriter un événement rare. Pour la première fois en Occident, le public pourra voir et écouter des interprètes (certains n'ont à ce jour jamais voyagé en-dehors de la Russie) représentant diverses ethnies autochtones réparties sur un territoire très vaste, entre le flanc est de l'Oural et le détroit de Behring. Ou de la frontière mongole à l'Océan arctique.
Au pays de Dersou Ouzala
Du 8 au 10 février, la diversité de la programmation reflètera celle des peuples. Les auditeurs suisses ont déjà une expérience du chant guttural de Touva ou de la vièle de Bouriatie (rive sud du lac Baïkal). Mais en Europe, le tambour magique des chamans du peuple nanaï n'a eu jusque-là aucun écho. Même en 1975, les spectateurs de Dersou Ouzala, le film de Kurosawa, ne savaient pas que le modèle, le Dersou Ouzala historique, était un Nanaï.
Autres mélodies inédites dans ce secteur ouest de l'Eurasie: celles qui rythment les fêtes et les jeux de l'ours chez les Nivkhs de Sakhaline (île russe d'Extrême-Orient au nord du Japon) et au pays des Mansiis des bords du fleuve Ob, hors de portée de tout Transsibérien. La participante la plus boréale du festival vient d'au-delà du cercle polaire et s'appelle Svetlana Koudrjakova. Seule représentante du peuple des Nganassanes, elle chante et joue du tambour, entre autres.
Attendu que le point commun de ces peuples très différents reste l'attachement au chamanisme, le festival sibérien a invité un chaman. Un vrai. D'autre part, bien que l'Alhambra fasse la part belle au chant et aux musiques, le programme inclut également une conférence: vendredi à 18h30, l'ethnomusicologue français Henri Lecomte s'exprimera sur le renouveau des musiques sibériennes .
Enfin, samedi à 17h30 sera projeté Sept chants de la toundra, un long métrage mi-documentaire mi-fiction d'une heure et demie réalisé par le cinéaste finlandais Markku Lehmuskallio et sa compatriote d'origine nénetse (un peuple autochtone éleveur de rennes) Anastasia Lapsui. Ce film se structure autour de sept récits évoquant des légendes ou les propres souvenirs de la réalisatrice. Sans que l'histoire du siècle passé soit absente: les deux Finlandais abordent ainsi la soviétisation, le Goulag, la réquisition des troupeaux de rennes et la scolarisation forcée. Car les peuples premiers de la Sibérie reviennent de loin. Trois générations d'URSS ont mis à mal leurs traditions. Mais ne les ont pas anéanties, comme vont le prouver ces trois jours de fête d'une culture millénaire.
Trois questions à Henri Lecomte
En quoi ce festival sibérien est-il exceptionnel? Par sa programmation. Le festival accueille 31 artistes issus de 17 peuples différents. Qu'il en vienne autant en Europe, c'est la première fois. Un chaman sera même du voyage. Un vrai chaman qui vit dans la forêt, pas un animateur pour les touristes. Il s'appelle Semion Vassiliev, c'est un chasseur, un Evenk; le mot «chaman» vient d'ailleurs de la ...> Du 8 au 10 février, Alhambra, 10 rue de la Rôtisserie, Genève et Théâtre du Pommier, 9 rue du Pommier, Neuchâtel. Rés: 022 919 04 90 et 032 725 05 05.
> Programme complet: www.adem.ch





