Jeudi, 23 mai 2013

FACE À «L'ENVAHISSEMENT» CATHOLIQUE

SAMEDI 01 MARS 2008

«Ce n'est pas une Escalade d'une nuit et qui ne réussit pas; c'est une Escalade de vingt-cinq ans et qui réussit.» Prononcée en 1835, la phrase du pasteur Jean-Jacques Caton Chenevière commentant l'augmentation de la population catholique résonne encore dans la Genève des années 1870. La présence catholique dans la cité de Calvin est devenue à la fois une affaire identitaire, théologique et politique, voire une question de classes – les catholiques étant généralement paysans ou ouvriers.

Il s'agit en fait pour les Genevois de s'adapter à une situation inédite et éminemment moderne: la mixité confessionnelle du territoire, effective depuis le début du XIXe siècle. Et il y a à l'époque autant de manières de voir que de partis et de journaux.

Face au Courrier, grand défenseur du catholicisme intransigeant et antimoderne voulu par Rome en cette fin de XIXe siècle, on trouve par exemple, en rangs serrés, un certain nombre de Vieux Genevois. Ils considèrent la présence catholique comme un envahissement, à la fois par le nombre de personnes – comment maintenir l'«esprit de Genève» face à ce flot d'étrangers – et par la nature de leur confession. «D'un bout à l'autre du continent européen, le papisme fait des siennes [...] «, écrit le professeur Henri-Frédéric Amiel dans son journal intime. Ce qu'il appelle la «théocratie papale» est pour lui «un fléau». Dans cette perspective, péril noir et péril rouge sont volontiers associés, y compris dans les pages du Journal de Genève: le curé et le communiste, deux personnages qu'on dit prendre leur mot d'ordre à l'étranger, étant pareillement ressentis comme dangereux pour la République genevoise.

Les radicaux vont surfer sur cette réaction identitaire pour faire passer les lois du Kulturkampf. Pourtant, bien que profondément anticatholiques romaines, ces lois ne se résument pas à une énième guerre confessionnelle. Il s'agit aussi pour les radicaux – qui sont en train de construire l'Etat moderne – de transformer la société sous tous ces aspects, y compris dans sa dimension religieuse. Les Eglises protestante et catholique, vues comme des services publics, sont alors sommées d'appliquer les idéaux de liberté et de démocratie. Ces institutions ainsi transformées, modernisées, devaient permettre, au même titre que l'école, d'éduquer toute la population aux mêmes valeurs modernes.

Mais ce projet ambitieux ne convainc pas. Les chrétiens de tendance théologique libérale, qui estiment que protestantisme et catholicisme doivent effectivement se transformer pour s'adapter aux besoins de leur époque sont rapidement minorisés.

Si les fidèles entrent violemment en résistance, le Kulturkampf est aussi mis en question par des politiciens progressistes, pour la plupart libres-penseurs. Ils vont affirmer que pour vivre sereinement ensemble il faut que l'Etat adopte une posture neutre: seul un espace public entièrement laïcisé permet aux citoyens d'être égaux indépendamment de leur religion. Ils vont prôner activement la séparation complète entre Eglises et Etat dès le début des années 1870 et jusqu'à sa réalisation en 1907.

Vous devez être loggé pour poster des commentaires