Jeudi, 23 mai 2013

Engagement et démission

JEUDI 16 NOVEMBRE 2006

Réjouissons-nous! Cette semaine, il n'y en a que pour la formation professionnelle. Cité des métiers à Palexpo-Genève oblige, l'apprentissage en Suisse occupe le devant de la scène. C'est que l'affaire est grave: il y avait en Suisse le mois dernier 23 393 personnes entre 15 et 24 ans au chômage, soit une proportion de 4,2% pour cette tranche d'âge, alors que la moyenne globale se situe à 3,1%.

Profitant de la vitrine offerte par la Cité des métiers, la conseillère fédérale Doris Leuthard est venue lundi à Genève annoncer un nouveau projet: la mise en place de mentors pour les jeunes en difficulté scolaire. Un sujet à la mode et qui peut porter ses fruits, comme le révèle une étude menée à l'université de Neuchâtel autour du projet Alter connexion (lire Le Courrier d'hier). Pour le reste, Mme Leuthard s'est contentée de remercier les entreprises qui engagent des apprentis et d'encourager les autres à en faire de même. C'est tout, et c'est maigre.

En matière de formation professionnelle des jeunes, un constat s'impose: l'incertitude et l'instabilité n'épargnent personne, ni un universitaire ni un apprenti. La forte «tertiarisation» de l'économie a eu comme double effet de précariser les métiers du secondaire et de favoriser les délocalisations des secteurs très rentables. Résultat, de nombreux jeunes ont le choix entre un emploi précaire ou des conditions de travail particulièrement rudes.

Dès lors, les appels – légitimes sur le fond – à tenter l'apprentissage et à ne plus considérer la voie gymnasiale comme la seule issue possible sonnent creux. Surtout qu'il suffit de jeter un coup d'oeil aux offres d'emploi pour constater qu'une formation complète demeure le meilleur des viatiques auprès de bien des entreprises.

Dans ces conditions, on comprend également mal le fatalisme des autorités politiques à admettre qu'un certain nombre d'élèves soient brouillés avec l'école. Et que, pour eux, la seule solution consisterait à leur trouver un boulot, afin qu'ils soient indépendants. On ne parle donc plus que d'adéquation entre offre et demande des places d'apprentissage, de partenariats entre l'Etat et l'économie, comme s'il n'y avait d'autre but que de «caser» un apprenti dans une entreprise. Il suffit d'entendre les regrets émis lorsque des jeunes, ne trouvant pas d'embauche, passent une année supplémentaire sur des bancs d'école pour comprendre à quel point cette quête de l'apprentissage a des côtés pervers.

Gare au malentendu: revaloriser l'apprentissage est louable et les mesures d'intégration des jeunes allant dans ce sens méritent d'être saluées. Pour autant que l'on ne se contente pas d'offrir de la main-d'oeuvre à bon compte aux entreprises. Or le doute est permis. La Confédération n'alloue que 30 millions de francs par année pour des projets de formation professionnelle. Parallèlement, elle «oblige» les grandes régies fédérales, telles que La Poste, les CFF ou Swisscom, à réaliser de juteux bénéfices en licenciant du personnel. On ne s'étonnera donc pas si de nombreuses entreprises préfèrent suivre cet exemple plutôt que d'écouter la leçon de Doris Leuthard.

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