En campagne dans le Pachtounistan
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A trois heures de route au sud de Kaboul, Gardez, capitale de la province de Paktia, signifie, me dit-on, poussières. Ce nom n'est pas usurpé: le vent balaie la plaine et soulève de gros tourbillons. Plus qu'à Kaboul, l'on sent la guerre, toute proche, comme l'est la frontière pakistanaise. Les troupes américaines patrouillent sans cesse, en convoi, les militaires afghans et la police nationale vont à pied. Aux abords de l'agglomération, les voitures sont fouillées systématiquement mais d'étranges passe-droits permettent d'éviter les tracasseries.
Rialuddin Ariudi est candidat dans cette province pour la Wolesi Jirga. Après une dizaine d'années d'exil en Allemagne, il est revenu au pays, la tête pleine de projets: du business et, pourquoi pas, de la politique. Ils sont nombreux ceux qui, comme lui, mettent à profit leurs années d'exil pour entrer en politique: ils ont un peu d'argent, l'aura que confèrent les voyages et, au moins, n'ont pas trempé dans les combines de la guerre.
C'est jour de réunion électorale, un jour important, Rialuddin Ariudi attend certains des chefs de clan des districts voisins. On ne déplace pas les foules ici, le vote étant communautaire, il suffit de convaincre un chef de clan ou de village, qui ensuite, lors de la choura, l'assemblée villageoise, donnera des consignes de vote à son groupe. Dix heures du matin, les vieilles barbes arrivent, prennent place après d'interminables salutations. Une poignée d'hommes plus jeunes se joint au groupe des aînés, en curieux. Cette région voisine du Pakistan, à majorité pachtoune, reste conservatrice, et scrupuleusement respectueuse des valeurs traditionnelles. Ce sont ces régions qui ont donné aux troupes des talibans l'essentiel de leur contingent. Les femmes ne participent guère à la vie communautaire; même en burqa, elles ne se risquent que rarement dans les rues. L'assemblée sera donc strictement masculine.
La bonne nouvelle du jour, c'est la distribution de vingt-deux ordinateurs pour des écoles de la province. «N'avez-vous pas l'impression d'acheter ainsi les voix de vos concitoyens», demandai-je en aparté. Le candidat récuse, le scrupule ne l'avait pas effleuré: «Tous les autres candidats offrent des voitures, donnent de l'argent, construisent des maisons, je leur amène au moins quelque chose d'utile». Dans ce pays, où l'achat des voix représente ne pratique courante, les gens veulent du concret durant la campagne; avant de sceller une alliance, entre un chef de village et un candidat, il faut montrer la dot, les idées ne pèsent pas lourd face aux 4x4 dont rêve chacun.
Avant la distribution des cadeaux, un long discours ponctué de prières. Le politicien invoque l'histoire afghane, développe sur le rôle néfaste des puissances étrangères, vilipende les ONG qui ne redistribueraient pas l'argent collecté. Il distille un message populiste aux accents xénophobes qui touche droit au coeur son auditoire. «Les ONG n'ont rien fait pour nous, le gouvernement s'en met plein les poches, nous voulons mieux contrôler le chef de l'état et la clique d'étrangers qui le soutiennent.» BMD





