Electron Festival, un bilan resplendissant et des réserves
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La fièvre pascale est à peine retombée que le Festival Electron, dont la sixième édition s'est déroulée à Genève de jeudi à dimanche, affiche son bilan éclatant. «Cuvée exceptionnelle», selon les organisateurs, qui a vu affluer 12 500 spectateurs dans neuf lieux différents (Palladium, Alhambra, MàD et Usine sur deux étages) pour vibrer aux rythmes électro, drum'n'bass, techno, house ou dubstep d'une centaine d'artistes internationaux. Succès bien sûr pour les têtes d'affiche (les mixeurs fous 2 Many DJ's, le prince du scratch Q-Bert, le bassiste anglais Squarepusher) mais aussi du côté des propositions plus expérimentales. Car la manifestation s'est ouverte à de multiples expressions artistiques associées à la musique électronique (danse, performance, cinéma). Sans oublier plusieurs conférences thématiques et rencontres public-artistes, qui ont fait d'Electron 2009 un carrefour pluridisciplinaire aussi festif qu'érudit.
Fait remarquable, Electron rassemble au-delà des pistes de danse tous les amateurs de musique live, en accueillant par exemple le fringuant septuagénaire Mulatu Astatke, légende de l'Ethio-jazz dont les rythmes chaloupés ont bercé un Alhambra plein à craquer vendredi. On mentionnera aussi le show survolté de plus de deux heures de la paire anglaise Skream & Benga, samedi au Kab: une électronica gorgée de basses dub jamaïcaines. Ou encore le concert de l'Anglaise Ebony Bones, véritable meneuse de carnaval, suivie par le hip-hop burlesque des Puppetmastaz, qui ont rempli l'Usine dimanche soir, bouclant quatre jours de folie sans incident ni débordement.
Voilà pour le bilan. Qui ne va pas sans quelques interrogations. En effet, avec son budget avoisinant les 800 000 francs (contre 550 000 l'an dernier), Electron peut-il croître indéfiniment? Crise du disque oblige, les cachets du live ont tendance à exploser; comment, dès lors, maintenir à des niveaux abordables un tarif journalier passé à 42 francs, contre 35 l'an dernier? Même si des options «hors pass» étaient proposées pour les spectacles dansés et les concerts de l'Alhambra.
Comment préserver également la circulation des publics, gage de découvertes, sans nuire à la qualité d'écoute par un va-et-vient incessant? Une incompatibilité particulièrement perceptible dans des lieux intimistes comme le Théâtre de l'Usine.
Enfin et surtout, comment s'épargner l'amertume d'un sponsoring au goût douteux? Cette année, Red Bull s'affichait partout: la boisson énergisante au marketing agressif, décriée par les nutritionnistes et interdite dans plusieurs pays, exalte la performance et l'individualisme forcené. La marque peut bien se cacher derrière sa «Music Academy» – moyen commode de pénétrer les milieux culturels –, l'objectif reste le placement de son produit controversé, prisé des ados et des fêtards qui forment une grande partie du public d'Electron.
Que penser dès lors du partenariat d'Electron avec Marlboro? Reléguées dans un coin du Palladium, les VRP du cigarettier ont eu carte blanche, durant tout le festival, pour proposer une marchandise dont la nocivité n'est plus à démontrer et dont l'accès à l'espace public – c'est heureux – ne cesse de se réduire. Un stand de prévention du Cipret eût été plus judicieux.
Plus de rigueur éthique et quelques ajustements logistiques, c'est ce qu'on attend d'un festival fédérateur et exigeant, né au sein du bastion alternatif de l'Usine (bien qu'Electron soit aujourd'hui indépendant) et que la Ville soutient notamment par une subvention et la mise à disposition gracieuse de l'Alhambra.
A en croire Emmanuelle Dorsaz, l'équipe d'Electron n'ignore pas ces contradictions. La coordinatrice d'Electron reconnaît que la manifestation a atteint sa pleine capacité, à moins de perdre son identité. Des corrections, notamment côté sponsoring, sont envisagées. Après le bouclage des comptes, Electron pourrait même se doter d'une charte. Rendez-vous en 2010. I





