Des solutions naturelles peuvent aider à la sécurité alimentaire des pays pauvres. Le faux espoir des OGM en Afrique
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Au cœur de l’Afrique de l’Est l’ICIPE1 centre de recherche scientifique sur les insectes et l’environnement étudie des solutions naturelles aux parasites qui s’attaquent à l’homme aux bêtes ou aux cultures. Cette institution basée au Kenya et fondée en 1970 se place en opposition avec ceux qui présentent les pesticides ou les organismes génétiquement modifiés (OGM) comme la seule solution pour sauver le Sud de la famine.
Il a les yeux clairs une élégante barbe blanche finement coupée et un léger sourire amusé. Depuis plus de vingt ans en Afrique ce Suisse originaire de Vouvry en Valais a repris en 1994 la tête de l’ICIPE1 un centre international de recherche en entomologie et en écologie. Dans son bureau à Nairobi un ordinateur dernier cri trône sur le bureau. Au mur les tableaux de ses distinctions dont le Prix mondial de l’alimentation en 19952 dédicacé par Bill Clinton. Pour expliquer la philosophie de son centre Hans Herren n’hésite pas à prendre des images carrées: deux tiers de la population mondiale n’a pas assez à manger. Rien ne sert de donner le surplus des pays riches il faut agir sur la production des nations en développement donc sur l’agriculture. La spécificité de l’ICIPE contrairement aux industries agro-alimentaires se trouve dans une volonté bien trempée d’y parvenir en respectant le développement durable. L’approche intégrée tient compte des ressources indigènes à disposition des forces et faiblesses dans la physiologie et le comportement du parasite visé et de la population qui mettra en application le procédé. Pas de pesticides à l’ICIPE. Leurs effets sur l’environnement et les résistances développées par les insectes à cause de la surutilisation sont catastrophiques. «Les paysans ne sont pas formés à l’emploi de ces produits. En plus les pesticides tuent tout sur leur passage les bons insectes comme les ravageurs. Sans oublier le coût très élevé pour les paysans du Sud» rappelle Hans Herren.
NE PAS DÉTOURNER LES MOTS L’ICIPE
refuse également de produire des organismes génétiquement modifiés (OGM). D’emblée le professeur Herren tient à mettre les points sur les «i» face à la confusion dont il est souvent victime notamment auprès de ses détracteurs. «Nous ne sommes pas contre la biotechnologie3. Nous en faisons. Mais nous refusons de transgresser les lois de la nature. Ainsi nous n’introduirons pas un gène de légumineuse dans une graminée car la nature ne le fera jamais spontanément» affirme-t-il. C’est toute la différence entre le génie génétique et la biotechnologie précise-t-il. Pour être sûr d’être bien compris il donne un exemple: si on isole scientifiquement un gène qui produit une toxine détruisant les larves de moustiques on peut l’introduire par modification génétique dans une algue consommée par l’insecte. Ce qui le tuera. «Pourquoi aller jusque-là? Nous pouvons reproduire cette toxine et la répandre sur les algues. Les résultats seront identiques mais sans aucun risque génétique.»
ATTENTION: DANGER
Pour ce scientifique les OGM présentent en effet un danger réel et brûlant. Là encore il cite des exemples. «Certains chercheurs ont juré qu’il n’y aurait aucune conséquence à l’introduction d’un nouveau gène de résistance aux pesticides dans le colza. Or il est aujourd’hui démontré que des abeilles sont devenues résistantes par ce biais aux pesticides» rappelle-t-il. Il reprend après un silence: «Bien sûr qu’il ne faut pas cesser les recherches. Mais surtout ne disséminons rien avant d’être absolument sûrs que à long terme les OGM n’ont aucun effet néfaste sur l’environnement les animaux ou les humains (lire aussi encadré).»
SAUTERELLES DOMPTÉES
Pour revenir à l’action de l’ICIPE le professeur Herren préfère montrer les résultats de ses hommes de terrains une équipe d’environ 300 personnes dont une quarantaine de scientifiques et une trentaine de doctorants. Parmi les plus étonnantes découvertes du centre il y a celle qui permet de contrôler le fléau terrifiant et régulier des sauterelles du désert qui ravagent les récoltes sur des milliers de kilomètres carrés. Les chercheurs de l’ICIPE ont détecté puis reproduit synthétiquement cinq phéromones réglant le comportement de ces insectes. L’une d’entre elles notamment peut perturber le signal chimique qui les incite à se regrouper en ces gigantesques nuées. Utiliser cette méthode pour éviter la formation du nuage coûte 60 fois moins cher que les pesticides.
COMPRENDRE LE MOUSTIQUE
Plus récemment les scientifiques du centre se sont attelés à un autre mal sans remède de l’Afrique: le moustique. Vecteur de malaria sa piqûre peut transmettre cette maladie actuellement en pleine recrudescence et souvent mortelle pour les enfants et les femmes enceintes. On dénombre 500 millions de nouvelles infections par année. Les expériences conduites à l’ICIPE se fondent sur une approche tout à fait novatrice qui vise à agir sur le vecteur plutôt que sur la maladie comprendre le comportement et la physiologie de l’insecte. Par exemple pourquoi le moustique est-il attiré davantage par les uns que par les autres humains? Quels facteurs écologiques influencent son développement? En fait si ces questions semblent très basiques les études antérieures réalisées sur ces points précis n’ont donné aucune réponse claire. Alors qu’elles pourraient aboutir à des solutions novatrices en matière de lutte contre la malaria. Parallèlement l’équipe de l’ICIPE a examiné une vingtaine de plantes africaines qui ont la faculté d’éloigner les moustiques. Elle en a tiré un produit de synthèse écologique qui permet de réduire pendant quatre mois le nombre de moustiques dans une pièce. En outre cette substance revient bien meilleur marché que les pesticides qui depuis le temps qu’ils sont employés en Afrique ont perdu de leur efficacité les moustiques étant devenus résistants.
- 1. International Center of insect physiology and ecology (ICIPE). Cet institut est soutenu par des gouvernements dont la Suisse des organismes privés et onusiens.
- 2. Le professeur Herren a reçu ce prix pour avoir éradiqué un cafard sud-américain apparu en Afrique qui ravageait le manioc et menaçait de famine la population. Il lui a opposé une guêpe paraguayenne prédateur du cafard qui elle comme prévu par les analyses scientifiques préalables n’a pas perturbé l’écosystème.
- 3. La biotechnologie est une technique qui met en œuvre les propriétés biochimiques d’êtres vivants. Elle utilise des micro-organismes (enzymes) pour réaliser des transformations ou des synthèses (en chimie en pharmacologie...).





