Derrière la carte postale
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SUISSE • «L’ENFANCE VOLÉE» DE MARKUS IMBODEN
Orphelin, Max est confié à une famille de paysans de l'Emmental qui encaisse sa pension tout en le traitant comme un esclave. Sa seule consolation réside dans la musique: excellent accordéoniste, il rêve de s'enfuir un jour en Argentine pour y jouer le tango qu'il a entendu sur le poste de radio de son institutrice. Quant à Berteli, également placée dans la même famille et soumise elle aussi aux pires vilenies, elle ne pense qu’à retrouver sa mère et ses soeurs dont elle a été brutalement séparée. D’abord rivaux, les deux enfants finissent par se rapprocher tandis que leur situation empire de jour en jour...
Immense succès en Suisse alémanique avec près de 230 000 entrées à ce jour, L’Enfance volée révèle une réalité historique peu reluisante: l’exploitation, jusque dans les années 1950, de dizaines de milliers d’enfants, généralement orphelins ou de parents divorcés, placés dans des familles d’accueil qui les traitaient souvent pire que du bétail. Une réalité longtemps occultée qui fait l’objet d’une exposition itinérante à voir au musée d’art et d’histoire à Fribourg jusqu’au 19 août, et que le cinéaste bernois Markus Imboden traite avec sensibilité, au fil d’un scénario qu’on croirait exagérément mélodramatique s’il n’était directement inspiré par d’innombrables témoignages avérés.
Réalisateur expérimenté de comédies à succès et de téléfilms, Markus Imboden n’a pas les ambitions esthétiques d’un Fredi M. Murer, qui sublimait les codes du heimatfilm dans l’inoubliable L’Ame sœur, ni le tranchant glacial d’un Michael Haneke dont Le Ruban blanc traitait également de l’innocence détruite. Formellement sans surprise, malgré une photographie en clair-obscur qui renforce encore la noirceur des situations, L’Enfance volée vaut d’abord par son scénario bien construit qui évite adroitement les pièges du manichéisme, et par ses acteurs, plus vrais que nature, tout droit sortis d’un film de Heidi.
Par contre, en adoptant presque exclusivement le point de vue des enfants, Markus Imboden n’explique que peu le contexte politique et social qui a permis à ces pratiques inhumaines de perdurer aussi longtemps, sous le regard bienveillant des églises et des autorités. Reste qu’au-delà de sa mise en scène conventionnelle, L’Enfance volée fait œuvre salutaire en dévoilant les horreurs cachées derrière les décors d’une Suisse de carte postale.






