Mercredi, 22 mai 2013

Démission du politique

MARDI 28 FéVRIER 2012

La démission de Mark Muller, après deux mois de tragi-comédie politique, vient sanctionner l’échec d’une méthode. Depuis son algarade de la Saint-Sylvestre, le conseiller d’Etat genevois a fait étalage de son penchant naturel pour l’esquive. Silencieux d’abord, menteur ensuite, obtus enfin. Devant l’insistance des siens ou par lassitude, Mark Muller a finalement lâché prise. Genève ne s’épargnera donc pas une élection partielle anticipée.

On peut regretter que le magistrat libéral-radical parte sur une affaire privée. Car si les projecteurs médiatiques ont attendu les affaires du MáD et du sept-pièces à 1800 francs pour éclairer le personnage, son art du louvoiement et de l’esbroufe aura marqué son passage au Département des constructions (DCTI) dans son ensemble. Accord sur les surélévations d’immeubles, sur les logements d’utilité publique (LUP), déclassement de la zone Praille-Acacias-Vernets (PAV), on ne compte plus les «compromis» vantés en public et manipulés en sous-main. Une plaisanterie circule, affirmant que, de ces accords, Mark Muller n’en connaîtrait que les exceptions… A l’avantage des milieux immobiliers, bien entendu, secteur patronal dont il est issu et qui l’a soutenu jusqu’au bout. 
Derrière ces écrans de fumée, jamais Genève n’a bâti aussi peu de logements, encore moins locatifs. Jamais les prix des loyers n’ont été aussi indécents. Au lieu de prendre en main le foncier et d’encourager coopératives et fondations publiques, l’Etat est demeuré inactif, spectateur. La doctrine du laisser-faire libéral dans toute sa faillite.
 
Mark Muller démissionnaire, la sanction par les urnes de cette politique – soutenue par la majorité cantonale – sera difficile. Tout indique que la triangulaire qui s’annonce (gauche, droite, extrême droite) sera polluée par les coups de gueule sécuritaires d’Eric Stauffer. Le ou la candidat-e socialiste aura fort à faire pour que le débat ne se limite pas à la surenchère policière et aux jets de verres d’eau.
Paradoxalement, la «virile empoignade» annoncée à droite devrait mathématiquement profiter à une gauche unie, au point de faire miroiter une nouvelle majorité vert-rose à l’exécutif cantonal. Reste à savoir si un tel scénario serait souhaitable pour le centre-gauche. Dix-huit mois de «pouvoir exécutif» face à un Grand Conseil largement hostile, dans un contexte de finances publiques affaiblies par les cadeaux fiscaux, ne sont pas la meilleure façon de préparer les élections de 2013. Se pose en outre la question du programme. La fracture entre Verts et socialistes sur le rôle de l’Etat est loin d’être résorbée. 
 
Tous ces éléments ne laissent pas augurer un gouvernement capable de mener une politique de rupture, d’action, qui refuse de démissionner devant le secteur privé dans les domaines cruciaux de l’emploi, de l’environnement et de la construction. La seule politique qui permettrait de stopper la montée de la précarité et de son pendant xénophobe.
 
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Le Courrier
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