Mardi, 21 mai 2013

«D'une situation illégale ne peut pas naître un droit»

LUNDI 29 MAI 2006

De violations en détournements du droit international, rien ne semble légalement pouvoir arrêter Israël. Samedi, les participants à la Conférence internationale sur la Palestine ont rappelé l'illégalité du mur israélien –d'une longueur de 650 à 750 km– et leur soif de justice internationale.

«D'une situation illégale ne peut pas naître un droit.» Pour François Dubuisson, juriste au Centre de droit international de l'université libre de Bruxelles, orateur de la conférence, le mur érigé par Israël en Cisjordanie est le prolongement de mesures illégales prises par l'Etat hébreu –implantation de colonies, atteintes aux droits individuels et à l'autodétermination des Palestiniens, confiscations de terres, destruction de maisons, etc. Pour le juriste, Israël ne peut en aucune façon justifier l'existence du mur, même pour des raisons sécuritaires. Raja Abou Eid, Palestinienne de Tulkarem, vit au quotidien avec l'obstacle infranchissable qui englobe selon elle 50% des terres de Cisjordanie: «Notre torture commence dès le matin. Le mur a beaucoup changé la situation des femmes. Beaucoup de filles sont obligées de laisser tomber leurs études. Les familles préfèrent les voir rester à la maison que subir l'humiliation des check-points.»

Que fait la communauté internationale contre l'édification de ce mur? En juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) considérait que l'édifice était «illégal», et appelait notamment à son démantèlement dans les territoires occupés. Pour le juriste belge, l'avis de la CIJ imposait des devoirs à Israël évidemment, mais aussi aux Etats tiers. Entre autres: de ne pas reconnaître les effets du mur (en termes d'annexion) et de faire respecter le droit des Palestiniens à l'autodétermination. Mais les recommandations de la CIJ sont restées sans suite: «Israël n'a pas entendu mettre en oeuvre l'avis et les Etats continuent à jouer un rôle ambigu. Preuve en est l'affaire du tramway en France (les entreprises françaises Alstom et Connex entreprennent des travaux de construction d'un tramway pour relier Jérusalem-Ouest aux colonies implantées à Jérusalem-Est, ndlr). Aujourd'hui, il s'agit d'un problème de justice, et pas seulement de droit.» M.Dubuisson dénonce le fait que d'autres mesures comme la suspension des accords d'association de l'Union européenne avec Israël n'aient pas été prises par les Etats européens.

Autre principe de droit non respecté par Israël: le droit au retour des réfugiés palestiniens. «Le peuple palestinien est composé à 60% de réfugiés. Ils sont la marque du 'péché originel' d'Israël et une aiguille dans le coeur des Israéliens. Reconnaître le droit au retour des Palestiniens, pour les Israéliens, équivaudrait à reconnaître le crime perpétré par Israël», commente Sylviane de Wangen. Pour la fondatrice de France Terre d'Asile, une réconciliation ne sera possible que quand les problèmes seront reconnus. «Aujourd'hui, le problème démographique avancé par Israël est un faux argument. Le droit au retour est un droit des personnes qui ont directement subi l'expulsion. Les descendants des réfugiés de 1948 n'ont pas cette caractéristique-là. Les Israéliens ne risquent donc pas d'être 'envahis' par les Palestiniens comme ils le prétendent.»

Mahmoud Zaidan est réfugié palestinien au Liban. Samedi, il dénonçait la marginalisation dont lui et ses compatriotes sont victimes. «Les lois libanaises nous rendent la vie dure. Les autorités veulent nous voir partir. Mais si on ne résout pas la question du droit au retour, on ne fera que repousser le problème d'un lieu à un autre.» VPN

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