Charlie et les incendiaires
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Les locaux parisiens de Charlie Hebdo, journal satirique français bien connu, ont été incendiés dans la nuit de mardi. Des inconnus ont lancé un engin explosif qui a bouté le feu à la rédaction. Personne n’a été blessé – les lieux étaient vides – mais la rédaction est entièrement détruite.
Charlie Hebdo venait de sortir un numéro spécial, rebaptisé pour l’occasion Charia Hebdo, sur la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie, avec Mahomet comme rédacteur en chef d’un jour. L’hypothèse la plus probable est celle de d’une réaction d’extrémistes musulmans heurtés par le thème. Cette hypothèse est renforcée par le fait que le site internet du journal a été détourné et remplacé par une photo de La Mecque.
Reste que le ton plutôt potache du numéro n’était guère à même de susciter les réactions enflammées qui avaient suivi la publication des caricatures de Mahomet en 2006. D’ailleurs, à l’heure de l’attentat, l’hebdomadaire n’était même pas encore en vente. Les incendiaires se seront donc probablement lancés sur la seule annonce que Charlie Hebdo allait en remettre une couche.
Ce genre de dérive est inquiétant. Brûler un journal, comme brûler des livres, est souvent le prélude à d’autres bûchers. Les réactions indignées qui ont suivi cet attentat sont évidemment salutaires, même s’il est un peu curieux de voir un Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, se refaire une virginité démocratique à bon compte entre deux charters d’immigrés.
Et il est navrant de voir les autorités représentatives des différentes communautés musulmanes se livrer à de la haute voltige en dénonçant à la fois l’agression contre le journal et le fait que ce dernier ait osé représenter Mahomet, ce que l’islam proscrit.
La question n’est pas là. On peut être sincèrement choqué par de telles caricatures sans exiger leur interdiction. Les kiosques sont remplis de journaux plus consternants les uns que les autres, vantant qui les tanks, qui la chasse à courre, qui les prothèses mammaires surdimensionnées. Personne n’est obligé de les acheter. L’intérêt des religions est bien de défendre le principe démocratique de la laïcité, garant précisément de la liberté de croyance.
On concédera que cette furie épuratrice n’est pas l’apanage des extrémistes musulmans. Ces jours-ci, des intégristes catholiques tentent d’interdire une pièce de Romeo Castellucci jugée «christianophobe». Pour l’occasion, ils ont trouvé le renfort du Parti antisioniste – les amis de Dieudonné – et d’un mouvement salafiste. Qui a dit «qui se ressemble s’assemble»?





