Bizarreries électorales lors du «plébiscite» colombien
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Plus de 9 millions de personnes, soit 69% des votants, ont porté dimanche le conservateur Juan Manuel Santos à la tête de la Colombie. Du moins si l'on en croit les chiffres officiels. Car plusieurs bizarreries sont venues marquer ce second tour de la présidentielle.
Si l'écart de 42 points avec son rival du Parti vert, Antanas Mockus, est impressionnant, le score de M. Santos doit être mis dans le contexte de désertion des urnes: le successeur d'Alvaro Uribe n'a même pas reçu l'appui d'un tiers du corps électoral. Un fait habituel en Colombie, où le taux d'abstention fluctue autour des 50%. Au premier tour du 30 mai, l'abstention était de «seulement» 51%. Au soir du deuxième tour, le chiffre repris à l'unisson par tous les médias était de 55,5%.
Il vaut la peine de s'arrêter un instant sur ces chiffres. La journée du 20 juin s'est déroulée dans des circonstances favorisant une abstention massive: absence de suspense avec un candidat donné gagnant d'avance, attaques de la guérilla et pluies torrentielles affectant la totalité du pays – ce qui, dès qu'on se trouve en zone rurale, ralentit, voire rend impossibles, les déplacements. A cela, il faut ajouter les trois matchs du Mondial, dont les retransmissions, à cause du décalage horaire avec l'Afrique du Sud, se sont superposées à la journée électorale.
A plusieurs reprises, politiciens et organismes d'Etat se sont inquiétés de l'absence visible d'électeurs dans les bureaux de vote: à 14 h, deux heures avant la fermeture, le Bureau de l'état civil annonçait une participation à peine supérieure à 9 millions d'électeurs. Pourtant, en fin de journée, le nombre officiel de bulletins exprimés était de 13,3 millions. Concrètement, cela signifie que, entre 14 h et 16 h, 4,3 millions d'électeurs se seraient précipités aux urnes. Or personne n'a vu de telles foules.
Deux jours après des résultats électoraux déjà oubliés, Noticias Uno, le seul programme télévisé indépendant qui existe encore en Colombie, a fait connaître un taux d'abstention supérieur à celui annoncé dimanche, soit 57,8%. Aucun organisme local ou international n'a posé de question.
Il faut se rappeler que divers rapports ont fait état de fraudes massives durant les scrutins présidentiels précédents, notamment dues à l'intervention des services de renseignement du DAS. La manipulation de ces élections s'était faite à partir des législatives – le contrôle des fiefs politiques lors de ce premier scrutin permettant d'influer deux mois plus tard sur la présidentielle. Or à ce jour, les résultats définitifs des législatives du 14 mars 2010 demeurent inconnus! Seuls 90 congressistes sur 268 ont été confirmés dans leur poste... LAURENCE MAZURE, BOGOTA





