Jeudi, 20 juin 2013

Barack Strauss-Kahn et Jean-Paul Laden

JEUDI 09 JUIN 2011

EN COULISSE

L’actualité récente s’est distinguée par l’évocation de figures symboliques fortes qui illustrent chacune à leur manière l’état de santé de l’Occident en ce début de vingt et unième siècle. Le premier personnage symbolique, exhumé tel un chef zombie de suprême catégorie, n’était autre que ce bon vieux Jean-Paul (2 pour les intimes), ex-patron d’une secte à succès. Pour avoir, au cours de sa longue carrière, (liste non-exhaustive) excommunié les théologiens de la libération en Amérique latine, envoyé à la mort des millions de croyants africains, latino-américains et asiatiques en assimilant l’usage du préservatif à un péché, après avoir consolidé le Vatican dans sa double fonction de banque mafieuse et de pervertisseur du message chrétien originel, notre homme Jean-Paul s’est vu élevé a posteriori au rang de faiseur de miracles, Saint parmi les Saints, quelque part entre Houdini, Superman et Jésus-Christ himself, devant une foule bêlant à l’unisson.
Peu de temps après, c’est l’évocation d’un autre cadavre (à la fraîcheur tout aussi suspecte) qui a provoqué la liesse populaire, chez nos amis américains cette fois: ce bon vieil Oussama avait été soi-disant criblé de balles et jeté à la mer; l’acte supposé officialisait au passage un type de justice expéditive fort éloignée de toute notion de Droit international comme celui en vigueur lors du procès de Nuremberg, auquel les pires criminels du vingtième siècle eurent pourtant droit. Peu importe les zones d’ombre et les méthodes expéditives, les Etats-Unis tenaient leur revanche et fermaient, dix ans après, la page de l’humiliation du onze septembre deux mille un, humiliation qui, si elle fut douloureuse sur le plan symbolique, se révéla très bénéfique dans ses conséquences géostratégiques et financières directes. Cette élimination rétablissait de manière heureuse la balance symbolique du rapport de force en faveur de l’axe du bien, pour la plus grande joie de milliers de bouffeurs de hamburgers décérébrés et de quelques brutes galonnées en retard d’une guerre.
Quant à la personne du commander in chief du moment, elle symbolise à elle seule la réussite définitive du pouvoir américain blanc: un Noir qui bute un Arabe au nom de la bannière étoilée, quelle meilleure preuve d’une intégration réussie? Quelle meilleure illustration de l’infaillibilité du modèle américain?
Entre la béatification de la momie polonaise et l’élimination du chef barbare, l’Occident se portait donc plutôt bien dans les médias en ce début de printemps 2011. Pourquoi fallut-il qu’un pion important du dispositif de domination blanche sur le monde gâche la fête par un impair malheureux et relègue ces victoires au second plan? Le grand espoir du socialisme (rires) français se prenait les pieds dans le tapis de bain d’une suite new-yorkaise et ruinait le plan. La World Company avait tout misé sur le candidat le plus à même de servir ses intérêts (lâchant au passage le nabot hystérique qui préside avec difficulté aux destinées de la France), sur l’individu capable de séduire des millions de naïfs aveuglés par sa stature internationale et ses postures humanistes de salon: notre homme DSK. Mais, passé de sauveur à pervers en une giclée de secondes, le candidat socialo-monétaire est à son tour lâché par l’élite qui ne rigole pas avec les présomptions de viol direct.
Créer les conditions économiques qui rendent possible le viol de millions de femmes dans le monde, via la misère et les guerres, d’accord. Passer soi-même à l’acte: non! Un symbole reste un symbole! Le cheval est sacrifié; mais afin qu’on ne se pose pas trop de questions sur la nature de l’écurie, on rappelle à qui veut le croire qu’il fut un patron compétent au FMI, et apprécié de tous, malgré sa libido mal gérée. De symbole à fusible, il n’y a qu’un pas. Résultat des courses, personne ne s’interroge sur le scandale derrière le scandale, à savoir la nature même du FMI. L’utilité du symbole comme du fusible est la même: en pointant le projecteur sur des figures emblématiques on parvient à laisser dans l’ombre le contexte dont elles sont issues.
 

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