«Au début, nous pensions qu'il suffisait de créer la structure»
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La loi sur l'intégration a cinq ans. A l'époque, c'est au département de son collègue Robert Cramer qu'est rattaché le Bureau de l'intégration. Les délégués s'y succèdent, mais ne se ressemblent pas. D'abord, Heidy Huber qui partira amère pour laisser la place, après quelques mois d'intérim, à Robert Cuénod, quelqu'un de la «maison». Depuis les dernières élections cantonales, c'est le conseiller d'Etat Laurent Moutinot qui tient le gouvernail. Pour Le Courrier, il commente le rapport d'évaluation exigée par la loi sur l'intégration et rendu avec un retard de ....deux ans.
Le Courrier: Absence de lignes directrices, difficulté à définir des objectifs clairs et à déterminer un public cible. Le constat du Conseil d'Etat est plutôt sévère à l'encontre du Bureau de l'intégration....
Laurent Moutinot: Mais, c'est la réalité. Et nous devons tous en accepter la responsabilité. Aussi bien le Grand conseil et le Conseil d'Etat que le Bureau de l'intégration (BIE) qui n'a pas su faire de propositions concrètes. Pour toutes sortes de raisons, comme par exemple le fait qu'une grande partie de la gestion du phénomène migratoire dépend des autorités fédérales et échappe complètement au Conseil d'Etat.
Aucun organe créé par la loi ne semble fonctionner correctement.
Nous ne remettons pas en cause leur existence –sauf pour le poste du médiateur–, mais leur manière de fonctionner. Au début, nous pensions que créer la structure était suffisant pour que les missions se réalisent.
Aucune critique de fond du travail des délégués n'apparaît dans les rapports. Pourtant, vous venez de nommer le troisième délégué en cinq ans. Erreurs de casting?
Je n'ai rien à reprocher aux précédents délégués. Ou, en tout cas, pas plus à eux qu'à moi. La fonction du délégué a souffert de certaines maladies de jeunesse, que le rapport souhaite corriger pour que M. Vallotton (le nouveau délégué à l'intégration, ndlr) puisse partir sur de nouvelles bases. Les choses ont changé très vite. Au moment du vote de la loi sur l'intégration, il régnait une belle volonté humaniste. Aujourd'hui, il y a des choses qui doivent être clairement dites: quelles sont les différences qu'on souhaite respecter, quelles sont nos exigences, ce qui n'est pas tolérable. Il a régné un flou artistique à un moment donné où on intégrait sans être au clair sur les efforts de la population résidante ou migrante. L'excision est un bon exemple. Il est impossible de respecter une telle pratique à Genève.
Mais cette fois, avez-vous trouvé la perle rare pour mener le Bureau?
Paul-Olivier Vallotton, que je connais depuis longtemps, a réussi des choses remarquables. A l'époque où il était le secrétaire de la commission des Sages (commission de préavis en matière de requérants d'asile instituée par le Conseil d'Etat, ndlr), ses capacités de facilitateur ont aidé à la résolution de cas difficiles. Il a, par ailleurs, du fait de ses années passées à la tête de l'Office cantonal de la population, une bonne connaissance de l'administration. Et il jouit d'une reconnaissance de la part des milieux de la migration.
Le rapport Cattacin défend une indépendance accrue du délégué. Le Conseil d'Etat, au contraire, craint d'engendrer «un électron libre». Pourquoi?
Le rapport Cattacin dit aussi: «absence de direction claire». Cette dernière ne peut être auto-produite. J'ai été un peu surpris des conclusions de M. Cattacin. D'ailleurs, le délégué lui-même demande un rattachement plus clair au Conseil d'Etat. Dans le Département, il existe trois délégués. A l'interne, ils agissent comme des directeurs généraux de grands services. Mais ils jouissent d'une plus grand visibilité à l'extérieur.
Sachant que le Conseil d'Etat était très critique vis-à-vis des nouvelles loi sur l'asile et les étrangers. Comment le BIE se positionnera-t-il face à la nouvelle politique fédérale?
La politique fédérale concerne essentiellement l'administration fédérale. En ce qui concerne le BIE, sa vision doit évoluer d'une politique d'intégration centrée sur les minorités en difficultés à une politique d'intégration plus large. L'autre élément qui fausse la donne est la sous-estimation des actions menées aujourd'hui en matière d'intégration. Notamment au Département de l'instruction publique. Le délégué et son bureau doivent maintenant faire l'inventaire de ce qui existe afin de pouvoir signifier les manques ou les doublons.
Finalement, quelle politique d'intégration Genève doit-elle mener?
Toute la difficulté réside dans la limite à poser entre le respect des différences et les exigences à l'égard des communautés étrangères. Cette voie médiane est difficile à trouver. On a trop essayé de cacher ce paradoxe.
Le Conseil d'Etat serait-il prêt à modifier la loi?
Il y aura un débat au Grand Conseil. On n'a pas forcément besoin de changer la loi. Ou alors s'il faut la modifier, c'est de peu.I





