A travers plaines et pics (4)
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Formé par Julien (guitare et chant), Fonk (basse) et Jo (batterie), Zeppo joue un punk-rock engagé sur des thèmes écolos et anarchistes. Les Neuchâtelois effectuent leur première tournée en Chine et nous livrent leurs impressions à chaud. (réd.)
Campagne et agriculture
En Chine, à l’instar de la France, des Etats-Unis et d’autres nations industrialisées, il y a d’énormes monocultures où l’on épuise les sols et où la faune est quasi inexistante.
Dans la province de Guang Xi, que nous avons traversée pour aller à Liuzhou par exemple, demeure une agriculture très traditionnelle. Une mosaïque de petites parcelles aux pourtours harmonieux s’offre à nos yeux. Mélange de couleurs et de formes. Mandariniers, haricots, soya, patates douces, mais, choux, cannes à sucre, où encore lotus et rizières se côtoient. Culture vivrière, en étages, où l’on maîtrise parfaitement l’irrigation selon le besoin des plantes. Ici il n’y a pas de place pour ces grandes machines qui saignent la terre, tout se fait à la main ou à l’aide d’animaux de rente. Une agriculture à échelle humaine qui forme un tout avec son environnement.
Le hukou
La population de «l’Empire du millieu» est divisées en deux classes, deux statuts. Chose paradoxale pour une société se voulant communiste... Il y a les citadins et les paysans. Chaque citoyen a une sorte de livret de famille, le hukou (prononcez «rouko»). En plus des informations concernant votre famille, il y est inscrit la province et la région où vous résidez. Les paysans, faute de moyens, sont souvent dans l’obligation de chercher du travail dans les villes. Ils seront alors considérés comme des migrants et devront se munir d’un permis de séjour/résidence qu’il n’est pas toujours aisé d’obtenir. Du coup, une migration illégale se développe et les entrepreneurs qui emploient ces gens en profitent pour les exploiter. Beaucoup de révoltes ont comme point de départ la maltraitance et l’exploitation des patrons corrompus, et ne sont pas directement dirigées contre l’Etat.
L’amie avec qui nous parlons de cela avait rencontré une travailleuse migrante avec qui elle avait pu s’entretenir. Cette femme travaillait au minimum 9h par jour, sept jours sur sept, sans compter les extras sans lesquels elle n’arrivait pas à joindre les deux bouts. Elle disposait d’un seul jour de congé par mois, le tout pour un salaire mensuel de 1200 yuan (soit 120 francs suisses)... Cette femme, qui a deux enfants placés alors chez ses parents, a enduré cette situation pendant six ans, ne rentrant chez elle qu’une fois par année, lors du nouvel an chinois. Son cas serait malheureusement une généralité dans le milieu des migrants clandestins.
Il faut aussi savoir que les ruraux sont souvent mal perçus et méprisés par les gens de la ville. Des contrôles de police sont périodiquement effectués sur les lieux de travail afin de vérifier leurs permis de séjour et, dans le cas où un migrant ne serait pas en règle, il est emmené dans un camp de rétention avant d’être renvoyé dans son lieu d’origine. Entre 150 et 200 millions de personnes seraient concernées par cet esclavage moderne, qui fait le bonheur, il faut bien le dire, de nos sociétés consuméristes occidentales. «Loin des yeux, loin du cœur», comme le dit si bien le proverbe.
Il est très intéressant pour nous de discuter de cette problématique avec des « locaux », cela démontre que des gens se bougent ici, et que cette société totalement muselée reflétée par la plupart de nos médias, ne l’est de loin pas totalement!
Anarchy in China. Retrouvez les chroniques de Zeppo en direct de Chine dans Le Courrier, les jeudis et samedis jusqu’au 12 novembre. www.lecourrier.ch/Zeppo_Chine
Notre portrait réalisé avant la tournée: www.lecourrier.ch/zeppo





