Vendredi, 18 avril 2014

A la poursuite de l’afro-funk

MERCREDI 18 AVRIL 2012
Avec son album «Yo», Fonseca interprète ce qui lui trotte dans la tête.
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ROBERTO FONSECA • Le pianiste cubain confronte les traditions afro-cubaines à l’orgue Hammond. En concert vendredi au BFM à Genève.

Les liens culturels entre l’Afrique et les Amériques ne cessent d’être remis à jour. Le blues trouverait son origine dans les musiques peules de l’ouest africain, les rythmes capverdiens tissent des liens avec leurs cousins d’esclavage brésiliens, et le culte de la santeria trouve son origine dans la religion et la musique yoruba du Nigeria. Le pianiste cubain Roberto Fonseca, attendu vendredi soir au BFM à Genève, est un santero. Pour lui, cela ne fait aucun doute: «Les percussions et les voix de la santeria sont africaines.» Pourtant son nouvel enregistrement préfère aux rythmes nigérians les arpèges de kora mandingues.
Car Roberto Fonseca a eu son premier coup de foudre africain en écoutant Soro, le fameux enregistrement de Salif Keita de 1987. Depuis, le musicien prodige a toujours été un fan des années 1980, des sons de l’orgue Hammond, de l’afro-funk à la Herbie Hancock. Ses précédents albums, Zamazu et Akokan, s’ancrent dans la tradition du jazz cubain, et manifestent déjà d’une belle ouverture. Avec Yo, Roberto Fonseca ose faire ce qui lui trotte dans la tête depuis pas mal d’années. Il voit d’ailleurs cet enregistrement comme une «renaissance», une «mise à nu». A l’image de la pochette du disque qui le montre torse nu, regardant fièrement l’auditeur dans les yeux.

Rythmes en crescendo
Pour mener à bien ce projet fou, le Cubain s’est enfermé dans un studio parisien avec son piano, des claviers Hammond et Rhodes ainsi que quelques amis africains, tous choisis pour «leur ouverture d’esprit». Ba Cissoko et son cousin Sekou Kouyaté sont connus pour les effets de distorsion qu’ils ont ajoutés à leurs instruments ancestraux et leur amour du funk. La jeune chanteuse qui monte, Fatoumata Diawara, est en passe de séduire le monde entier avec sa voix folk-soul empreinte des accents du Wassoulou.
L’album compte une quinzaine de musiciens et chanteurs qui défilent au gré des morceaux, habitant la musique de Fonseca de leurs différents esprits, de leurs différentes traditions. Piano percussif, rythmes en crescendo traversés de guitares et de cordes traditionnelles: cette musique a tous les éléments du jazz – tempo, racines africaines et européennes et soli – mais n’en est plus vraiment. Elle est tour à tour portée par un souffle classique, par une voix ou des sonorités africaines ou par la récitation d’un poème façon spoken word – un texte signé Mike Ladd, slammeur issu de la communauté noire new-yorkaise, résidant en France depuis plusieurs années.
«C’était une belle journée de printemps à Paris. J’ai rejoint Roberto Fonseca et ses musiciens en studio, explique Mike Ladd. C’était vraiment intense. Roberto Fonseca m’a juste donné une ou deux idées générales – la spiritualité, être positif –, mais elles s’imposaient d’elles-mêmes à l’écoute de sa musique. J’improvise depuis mon plus jeune âge, car j’ai grandi avec le mouvement hip hop new-yorkais.» Son flux de mots prend ici la forme d’une ode anti-matérialiste où il est question de jonquilles, du mythe de l’Atlantide, de la survie de la Planète Terre.

Vision grand angle
Ailleurs c’est encore un Faudel méconnaissable qui pose sa voix sur «Chabani», un morceau que Roberto Fonseca dédie à un ami algérien. En s’associant avec le producteur anglais Gilles Peterson pour certaines morceaux et pour d’autres avec le producteur pop Mikael Eldridge, alias Count (Radiohead, The Rolling Stones), Roberto Fonseca a voulu montrer sa vision grand angle de la musique. Un pari largement remporté. Pour la scène, le pianiste cubain propose une formation plus légère (cinq musiciens) mais qui comprendra les deux joueurs de kora guinéens inspirés, Baba Cissoko et son jeune cousin Sekou Kouyaté. Un concert qui s’annonce somptueux.

 

Roberto Fonseca, Yo, distr. Harmonia Mundi.
> En concert à Genève, ve 20 avril à 20h30 au Bâtiment des forces motrices, Genève, avec le Marc Perrenoud Trio en première partie. Loc. Ticketcorner, Fnac, Service culturel Migros.

 
Le Courrier
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