Jeudi, 17 mai 2012

A bas le lévirat!

SAMEDI 24 SEPTEMBRE 2011

«La phallocratie ou l’idéologie construite autour du pouvoir mâle qui, en conséquence, se donne tous les droits est loin d’être une invention africaine», prévient l’écrivaine et philosophe ivoirienne Tanella Boni dans son dernier essai Que vivent les femmes d’Afrique? Au fil de quatre chapitres au ton sobre et à l’écriture imagée monte une colère sourde faisant «bomber le texte», selon l’expression de Nabokov, comme une trousse dans laquelle s’agite un petit diable furieux. Et l’écrivaine de souhaiter que la voix des femmes surgisse souvent dans la case à palabre. Pour porter le fer dans la plaie.
L’essayiste et romancière raconte ce qui changea quand l’universitaire Awa Thiam publie aux éditions Denoël-Gonthier La Parole aux négresses, en 1978. «Les pratiques millénaires comme des maux bien connus en Afrique étaient portés sur la place publique par des voix de femmes.» Les femmes et leurs douleurs deviennent alors enfin audibles, à une époque où la lutte des classes tenait lieu d’unique paradigme. Elles revendiquent le droit à disposer de leur «capital corps» à leur guise. Se faisant, elles se heurtent aux traditions rétrogrades, aux brimades, aux mutilations de l’intérieur ou aux représentations fantasmées déployées par les promoteurs de l’iconographie coloniale ou néocoloniale.
Car les photographies, déplore Tanella Boni, n’ont pas contribué à briser les chaînes, bien au contraire! Trois types de femmes d’Afrique ont été soudées dans les imaginaires masculins, plaide la philosophe de formation: la femme noire aux exubérances négroïdes, que symbolisera la Venus Hottentote, la Métisse fine à la peau moins brutalement ensoleillée, et la Mauresque aux hanches torsadées, évocatrice de l’Orient voluptueux. Mais un socle identique, celui de la chosification, ravale les femmes au rang de subalterne, qu’elles soient du nord ou du sud. L’institution du mariage a aussi contribué à leur maintien au cœur des ténèbres où les problèmes s’accumulent. «La femme mariée, note l’auteure, se heurte d’abord à ce qui semble extérieur à sa vie privée». Boni dénonce l’absence d’intimité, l’intrusion permanente d’acteurs sans titre ni qualité, sous le regard impuissant des hommes réfugiés derrière le silence et la couardise généralisés. Enfin, elle appelle à réformer d’urgence la loi du lévirat, cette coutume qui veut qu’une veuve épouse le frère du défunt. On ne peut qu’acquiescer et le hurler avec elle.

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