Les discriminations indirectes du système de retraite
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Variations sur l’égalité
Il ne se passe pas une semaine sans que le système de retraite suisse fasse l’objet de la une ou d’un article dans la presse quotidienne. Qu’il s’agisse des difficultés financières des caisses de pension ou du vieillissement démographique, les articles soulignent la nécessité de réformer notre régime de retraite, soit de l’adapter au contexte économique et social actuel. En ligne de mire des propos figure le deuxième pilier (LPP) plutôt que le renforcement du premier pilier (AVS). D’aucuns avancent, telle une litanie, l’idée d’augmenter la durée de cotisation à la prévoyance professionnelle, comme le proposait en mai dernier le patron de Swiss Life. D’autres promeuvent la baisse des rentes via la diminution du taux de conversion. Derrière ces projets se cache l’idée de prolonger la vie active. Pourtant, la Suisse fait figure de modèle en matière d’emploi des seniors. Mais une question est rarement abordée dans les débats sur la retraite: celle des inégalités d’accès aux prestations sociales, en particulier des inégalités de genre. Tout se passe comme si la participation des femmes et des hommes au marché du travail était identique, comme si le travail domestique, non rémunéré, était réparti équitablement entre les unes et les autres. Bref, tout se passe comme si le régime de retraite était neutre!
La majorité des femmes exerce une activité rémunérée en Suisse, mais elles ont des emplois et des trajectoires professionnelles différents de ceux des hommes. Si la paternité n’a aucun impact négatif sur l’emploi masculin, la maternité entraîne encore souvent une diminution de l’investissement professionnel féminin. La moitié des femmes actives travaillent à temps partiel et près d’une femme sur quatre qui a un enfant en bas âge interrompt provisoirement son activité lucrative. Les parcours professionnels de nombreuses femmes ne correspondent pas au modèle de carrière autour duquel est organisé le système de retraite: une personne salariée à plein temps de manière continue depuis la fin de la formation jusqu’à la retraite. Au moment où se sont mis en place les Etats providence, le but était de protéger le salaire de l’homme, considéré comme pourvoyeur principal et unique des ressources du ménage. De ce fait, l’inégale participation au marché du travail selon le sexe se répercute ensuite durant la retraite. Prenons quelques indicateurs clé concernant le système de retraite. Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2008, presque tous les retraité-e-s touchent des prestations de l’AVS. On peut dire que le premier pilier est de loin le pilier le plus égalitaire: 97% des hommes et 98% des femmes retraité-e-s reçoivent une rente. Les valeurs médianes1 des rentes annuelles confortent ce constat: les montants masculin et féminin sont quasi équivalents: 20'400 francs chez les hommes et 19'800 francs chez les femmes. Evidemment, ces montants ne permettent pas de subvenir aux principaux besoins économiques. Dans la prévoyance professionnelle, l’inégalité règne. En 2008, 81,7% des hommes contre 56,8% des femmes reçoivent des prestations du 2e pilier. Les disparités sont particulièrement manifestes lorsqu’on regarde les montants des prestations. La valeur médiane de la rente masculine est de 32'400 francs contre 18'000 francs chez les femmes. L’écart est encore plus élevé lorsqu’on examine les versements en capital. Les hommes touchent un capital de 150'000 francs contre 43'772 francs chez les femmes. Comme le montrent différentes études, les personnes salariées de manière discontinue et/ou à temps partiel sont discriminées dans le régime du 2e pilier. Enfin, le 3e pilier, qui est facultatif pour les personnes qui ont une activité rémunérée, répercute les inégalités existantes sur le marché du travail. En comparaison des hommes, les femmes y accèdent moins souvent et lorsqu’elles constituent un 3e pilier, les montants sont également inférieurs.
Le système de retraite helvétique n’est pas neutre du point de vue du genre. En dépit des différentes révisions apportées au fil du temps, il continue d’entretenir la dépendance des femmes: envers les hommes, pour celles qui vivent en couple; envers l’Etat pour celles qui vivent seules.
* Sociologue.
1La médiane divise la population en deux parties égales. Une moitié se situe en dessous de cette valeur, l’autre en dessus.





