Les élections, une étape dans la révolution égyptienne
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THAWRA!
La victoire du candidat du mouvement des Frères musulmans Dr Mohammad Morsi aux élections présidentielles face au candidat Ahmed Shafiq, ancien Premier ministre de Moubarak et considéré comme l’homme des militaires et de l’ancien régime, a été reçue avec un grand soulagement. Des scènes de joies à travers l’Egypte ont réuni un grand nombre de révolutionnaires égyptiens, dont la majeure partie avait pourtant boycotté le second tour des élections.
La grande majorité de révolutionnaires avait en effet refusé de choisir entre Shafiq et Morsi. La collaboration opportuniste du parti islamiste à de nombreuses reprises, depuis la chute de l’ex-dictateur, avec le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avait en effet été critiquée. En boycottant les élections présidentielles, le mouvement refusait d’octroyer une quelconque légitimité à des élections organisées sous le pouvoir des militaires.
Les révolutionnaires, comme le peuple égyptien dans sa grande majorité, sont néanmoins satisfaits de l’arrivée au pouvoir du premier président civil élu démocratiquement dans l’histoire de l’Egypte, malgré de nombreuses irrégularités durant les élections. Dans son premier discours présidentiel, le Dr Morsi a promis dimanche d’être le président de «tous les Egyptiens», appelant à «l’unité nationale, seul moyen de sortir de ces temps difficiles». Il a aussi déclaré respecter les traités internationaux signés par son pays. En début de semaine, il a rencontré le chef du CFSA, le maréchal Hussein Tanatwi, et rendu hommage aux forces armées pour avoir assuré le bon déroulement de la présidentielle.
Les partisans de la continuation de la révolution sont malgré tout toujours mobilisés car les défis qui les attendent sont loin d’avoir été soulevés. Tout d’abord il faut savoir qu’en l’absence de Constitution, les prérogatives du nouveau président ne sont toujours pas définies. Quant au parlement élu il y a quelques mois et dominé par les islamistes, il a été dissout par le CSFA. Enfin, le Ministère de l’intérieur devrait rester entre les mains du CSFA.
Durant le second tour des élections, le régime militaire avait imposé à nouveau la loi martiale, donnant à la police et aux forces de sécurité le droit d’arrêter toute personne résistant aux autorités, bloquant le trafic, endommageant des bâtiments ou menaçant la sécurité du gouvernement. Sans oublier que, quelques semaines auparavant, le juge Rifaat avait débouté les deux fils Moubarak et acquitté les assistants de l’ancien ministre de l’Intérieur Habib el-Adly, lesquels étaient responsables de la mort et des blessures de milliers d’Egyptiens.
Ces différentes décisions ne sont pas en soi un coup militaire, tout simplement car l’Egypte, malgré la chute de Moubarak, n’a jamais cessé d’être gouvernée par les militaires. Il s’agit néanmoins de mesures contre-révolutionnaires très agressives du CSFA, afin de maintenir son pouvoir. L’armée a prouvé qu’elle utilisera tous les moyens à sa disposition (politiques, légaux et répressifs) pour limiter le processus révolutionnaire et maintenir ses privilèges politiques et économiques.
Conscient de cela, le mouvement populaire égyptien a appelé le nouveau président à s’opposer au CSFA. Mais beaucoup de groupes révolutionnaires savent que leur force réside dans leur propre capacité de mobilisation. Pour cette raison, ils ont appelé à occuper à nouveau la place Tahrir afin de maintenir la pression jusqu’à la passation du pouvoir des militaires au nouveau président, la libération des civils emprisonnés pour des raisons politiques et l’annulation de la loi martiale.
La bataille pour la continuation du processus révolutionnaire ne s’est pas terminée avec les élections présidentielles, bien au contraire, la lutte et la mobilisation du mouvement populaire continue et toute force politique qui s’y opposera paiera un prix fort.
* Chercheur doctorant à la School of Oriental and African Studies (SOAS), Londres.





