Les éléphants aussi ont droit aux vacances
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L’impoligraphe
«A droite, le début des règlements de comptes» post-électoraux, titre Le Monde de vendredi... putain, y’en a qui ont de la chance: les socialistes français par exemple...
On le sait, et depuis longtemps: si la victoire a plus d’ascendants qu’il ne lui en faut, la défaite est toujours orpheline, et s’il n’est pas un ponte socialiste français qui ne se sente, ou du moins se revendique, coauteur de la victoire de François Hollande, il semble bien qu’il ne soit pas un ponte socialiste genevois qui ne se sente, ou du moins se proclame, innocent et irresponsable de la défaite d’Anne Emery-Torracinta il y a dix jours. Une défaite qui est surtout celle du Parti socialiste lui-même et, à travers lui, de toute la gauche («le pire résultat pour la gauche depuis 1942», rappelle judicieusement Marc Bretton, dans la Tribune de vendredi – en omettant cependant de préciser qu’en 1942, le Parti socialiste genevois, et pas seulement le Parti communiste, était interdit...). Et le ponte socialiste d’accuser de cette défaite le ponte socialiste d’à côté. Ou la presse. Ou la candidate elle-même, en défaut de notoriété et d’expérience exécutive, comme si cela pouvait expliquer son échec et le nôtre, alors que nous n’avions eu aucune peine à faire élire des candidates et des candidats peu connu-e-s du grand public au moment où nous les présentions pour la première fois (Sandrine Salerno, Sami Kanaan, pour ne citer qu’eux), et sans expérience exécutive lorsque nous les fîmes élire au Conseil d’Etat (Micheline Calmy-Rey, Charles Beer, pour ne pas remonter jusqu’à André Chavanne...). Le président du parti accuse la Tribune de Genève d’avoir fait campagne pour Maudet... oui, et alors? on croyait qu’elle était de gauche, la Julie? Le conseiller d’Etat reproche au parti de ne pas s’être caché derrière la candidate... c’est une honte, d’être socialiste? Engageant la bataille du rail pour sortir de celle des clans, Manu nous invite à «miser sur une locomotive»... Pacific 231 for President?
La gauche genevoise pèse au moins 40% de l’électorat. Elle n’a atteint que 28% des suffrages il y a dix jours. Perd-on plus du tiers de son électorat par hasard, ou par «défaut de notoriété» d’une candidate? Il faudra bien qu’on se pose sérieusement la question: pourquoi gagne-t-on haut la main aux municipales en Ville et dans les villes, et y perd-on aussi lourdement aux cantonales? Pourquoi Maudet et Stauffer sortent-il derniers de la course au printemps 2011 à Genève et Onex, et premiers, dans les mêmes communes, au printemps 2012? Pourquoi, à Vernier, le MCG se fait-il lourder de l’exécutif en 2011 et Stauffer sort-il en tête de la course un an plus tard? Pourquoi 16'000 électrices et électeurs qui ont participé aux votations cantonales et fédérales organisées le même jour que l’élection se sont-ils abstenus de participer à celle-ci? La faute à qui, à quoi? à un défaut de mobilisation, certes, et on l’a dit, mais l’explication n’en est pas une, et ne fait que renvoyer la question plus loin: pourquoi ce défaut de mobilisation? Parce qu’on n’avait pas choisi le bon candidat? Parce qu’on n’avait pas le bon programme? Parce que la direction du parti s’est emmêlée les pinceaux? Mais qui choisit les candidats, et qui adopte le programme, et qui élit la direction du parti, sinon les militantes et les militants, en Assemblée Générale, en présence des éléphants, éléphantes et éléphanteaux, charge à eux de barrir ce qu’ils estiment devoir barrir pour nous indiquer la bonne voie à suivre jusqu’au marigot salvateur, plutôt que nous expliquer une semaine plus tard, et deux mois trop tard, ce qu’il aurait fallu faire et qu’eux, les éléphants, qui savent tout, savaient qu’il fallait faire («une élection se gagne au centre», nous révèle Charles Beer, qui est bien le seul à ne pas s’être aperçu que celle-ci a été perdue à gauche...)
Le bestiaire socialiste est cette faune étrange, où l’on voit des éléphants se livrer à des combats de coqs... Allons, camarades éléphants, cessez ces combats de coqs qui ne sont pas de votre espèce, et prenez des vacances. A nous, en tout cas, ça nous en fera.
Conseiller municipal plus ou moins socialiste en Ville de Genève.





