L'épreuve du feu
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Pierre Maudet à la Sécurité. Visiblement, le message des électeurs genevois, notamment ceux d’Eric Stauffer, a été pris au sérieux par le Conseil d’Etat. Après des années de remue-ménage et plusieurs erreurs de casting, la Police sera dirigée par l’étoile montante de la droite genevoise. Avec Olivier Jornot au Parquet depuis trois mois, le PLR a joué deux de ses meilleurs atouts. Cela s’appelle prendre ses responsabilités.
Cette conquête à la hussarde, après deux démissions forcées, et le débarquement d’Isabel Rochat de son département, alors qu’elle semblait enfin prendre ses marques, conforte l’image d’impréparation, de cafouillage permanent dans les instances de l’Entente. Le transfert de Mme Rochat – contre sa volonté – au Social, que son collègue François Longchamp a presque fini de démanteler, ressemble à s’y méprendre à une mise au placard manu militari.
Sur le fond, si l’on fait confiance aux capacités de leadership du procureur et du nouveau ministre de la Sécurité, on n’est pas pour autant convaincu que l’attelage Jornot-Maudet soit en mesure de rassurer des Genevois soumis au tam-tam sécuritaire des médias et de l’extrême droite. Leurs recettes – plus d’agents, tolérance zéro – sont déjà appliquées avec empressement par les justices genevoise, suisse, française, etc. sans que le sentiment d’(in)sécurité varie.
Pour ses cent jours de mandat, le procureur s’est livré hier à un curieux exercice, déplorant d’une part le manque de moyens d’une justice engorgée, et d’autre part annonçant pour principal programme une offensive contre les petits dealers. Visiblement, le père de la loi antimendicité ne peut s’empêcher de faire sa pub sur le dos de microsociétés aussi inoffensives qu’impopulaires. Cela ne rassure pas sur la capacité de l’ex-député à endosser pleinement l’habit du magistrat.
Pierre Maudet semble heureusement fait d’un autre bois, de celui des radicaux qui ont su conserver le sens de l’Etat. Mais l’ancien responsable municipal de la Voirie a encore tout à prouver. Et moins d’un an et demi pour convaincre. Une fois à l’épreuve du feu, saura-t-il éviter les effets de manche populistes de son collègue de parti?
Les difficultés de recrutement de la police, les problèmes sociaux, le changement des modes de vie ne tiennent pas compte de la couleur politique d’un magistrat. En revanche, la capacité à créer du bien-être social, à prévenir les conflits, dépend largement des politiques. Et dans ces domaines, avec ou sans Pierre Maudet, le Conseil d’Etat a déjà perdu la partie.





