Monnaie d’échange
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

Ils sont là depuis environ une décennie, devant La Poste, dans les parcs, sous un pont. Ils se regroupent en bande, parlent fort, captent nos regards. Mais qui, d’entre nous, en sait davantage? Leurs origines, leur organisation sociale, leur histoire?
Cette barrière invisible, entre nous et eux, un groupe de chercheurs et de militants tente de la briser avec un instrument inattendu: une monnaie rom. Sur le modèle des francs suisses, six billets ont été élaborés, s’inspirant de la culture de ce peuple. Distribuées par eux, les coupures circulent depuis peu à Genève, histoire de nous étonner, de nous faire découvrir un autre visage de l’Europe, de nous interroger sur nos rapports avec ces femmes et hommes que nous côtoyons sans les connaître.
Contacté, Le Courrier s’est prêté bien volontiers au jeu, et publie les fac-similés de cette monnaie – le rromi – que ses créateurs ont voulu indexer sur la «rumeur publique». Ou plus exactement sur un logiciel qui évalue, jour après jour, la bonne presse de cette population… Et à n’en pas douter, la cote actuelle du rromi a bien besoin d’être soutenue dans la région lémanique. Malgré une série d’études et d’enquêtes présentant régulièrement une population de mendiants roms organisée par familles ou par communautés, la mystérieuse rafle d’Annemasse, la semaine dernière, aura suffi à les reléguer aux pages des faits divers glauques. Visiblement, quelques journaux sont moins regardants en termes de preuves quand il s’agit de la prétendue «mafia rom» que de corruption bien helvétique.
Sur les dizaines de milliers de personnes que compte la communauté rom, personne ne doute que certains soient victimes ou coupables de racket, ou qu’ils réalisent larcins ou arnaques. Et si certains venaient à être condamnés pour des actes de traite humaine, les victimes et leurs défenseurs n’en seraient-ils pas les premiers satisfaits?
Malgré le climat délétère, malgré les interdits, une frange des Roms – dont plus de la moitié sont sans emploi dans leur pays d’origine – continuera de venir ramasser les miettes de notre opulence. Sous la pression des xénophobes, le risque est réel que la cohabitation dégénère. A l’instar des créateurs du rromi, il devient urgent de bâtir des ponts par-dessus les fantasmes, les amalgames et les souffrances.





