Dimanche, 19 mai 2013

Les écarts salariaux restent «scandaleux»

MARDI 26 JUIN 2012

TRAVAIL • Travail.Suisse dénonce les écarts salariaux entre les dirigeants et leurs employés. A Novartis par exemple, le patron touche 266 fois plus que le salaire le plus bas.

C’est le CEO – ou patron – le mieux payé de Suisse: en 2011, l’Américain Joseph Jimenez, de Novartis, a touché un salaire annuel de 15,7 millions de francs. C’est 266 fois plus élevé que le salaire le plus bas dans cette entreprise (1:266). Président du conseil d’administration du même groupe, Daniel Vasella a encaissé pour sa part un montant de 13,5 mio (1:229). Paul Bulcke, à la tête de Nestlé, a reçu 11,2 mio (1:229). Son homologue chez Credit Suisse, Brady Dougan, 5,8 mio (1:116)… Pour Travail-Suisse, un constat s’impose: c’est trop. L’organisation faîtière qui regroupe près de 170 000 travailleurs estime que le milieu politique doit ­intervenir.

Travailler 100 ans
Travail.Suisse étudie ces écarts salariaux depuis une dizaine d’années. Une étude qui porte sur 27 entreprises et une quarantaine de dirigeants. L’organisation reconnaît que les excès des années 2006 à 2009 ont été corrigés: Roche, par exemple, enregistrait durant cette période un écart salarial de 1:400, l’UBS de 1:554, Novartis de 1:752.
Les corrections ont été rendues possibles grâce aux départs de certains patrons. «Grâce» aussi aux piètres résultats enregistrés en 2011 par UBS et Credit Suisse, les deux entreprises qui ont connu les baisses les plus marquées dans les écarts salariaux. La circulaire de l’autorité de surveillance des marchés financiers (Finma) sur ces questions de rémunération, entrée ­en vigueur en 2011, pourrait ­également avoir joué un rôle, avance Susanne Blank, responsable de la politique économique à Travail.Suisse.
«Mais les écarts restent beaucoup trop grands», a insisté hier Martin Flügel, président de Travail.Suisse. «Le fait qu’un simple collaborateur doive travailler plus de 100 ans s’il veut atteindre le salaire annuel moyen d’un membre de la direction d’un grand groupe, ou même plus de 200 ans pour obtenir un salaire annuel équivalant à celui du CEO, reste incompréhensible et scandaleux.»

Les «cinq terribles»
Travail.Suisse parle de «cartel  des salaires». Soit le clan des managers qui gagnent au moins 100 fois plus que leurs collaborateurs. De ce clan ressortent les dirigeants des «cinq terribles», selon le terme utilisé par Martin Flügel: Novartis, Roche, UBS, Credit Suisse et Nestlé. Et il y a les autres, tout aussi mauvais élèves: «Dans des entreprises comme Implenia, Kuoni, Lonza, La Bâloise, Swatch ou Georg Fischer, l’écart salarial a doublé, voire triplé au cours des dix dernières années», relève le président de Travail.Suisse. Kuoni par exemple a vu cet écart bondir à 180%, pour un rapport de 1 à 36. «Cette augmentation n’est apparemment pas imputable à la prestation, mais à un désir d’imitation», déplore Martin Flügel.
Travail.Suisse est aujourd’hui d’avis que la politique doit veiller à mettre des limites aux agissements de la «caste» des dirigeants. «Voir les salaires augmenter à l’échelon supérieur alors qu’augmente en parallèle la pression sur les salaires à l’échelon inférieur est inacceptable et nuit à la Suisse», tonne Martin Flügel. Qui imagine trois plans d’action: une loi doit pouvoir permettre aux actionnaires de voter sur les salaires des dirigeants; le personnel doit être représenté au conseil d’administration; les salaires dits normaux doivent être protégés.
En attendant, Ernst Tanner, à la tête de la chocolaterie Lindt & Sprüngli, gagne 1983 francs de l’heure. Même en dormant. I

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