Vendredi, 24 mai 2013

«Le Sommet de la francophonie à Kinshasa banaliserait la dictature»

MARDI 26 JUIN 2012

RD CONGO • Des opposants de la diaspora réclament l’annulation du Sommet de la francophonie qui doit se tenir en octobre dans la capitale congolaise.
 

Régime fasciste, totalitaire, policier. Les mots ne manquent pas à la Majorité populaire présidentielle (MPP-Europe) qui taxe le régime de Joseph Kabila de tous les noms à connotation tyrannique. C’est ce pays des Grands Lacs qui va pourtant abriter le XVIe Sommet de la francophonie prévu du 12 au 14 octobre prochains. Mauvaise sélection des Etats qui parlent «gaulois»? «Nous ne pouvons pas comprendre un tel choix pour un pays où la démocratie est un vil mot. Un pays où le chef de l’Etat est un roi qui intimide, bastonne, emprisonne et tue son peuple après avoir fraudé lors des élections présidentielle et législatives» répond Njo Moubiala, conseiller général à Peseux (Neuchâtel), et porte-parole de la communauté congolaise dans l’Arc jurassien.
M. Kabila a été réélu le 16 décembre 2011 avec 48% des suffrages contre 32% pour son principal adversaire Etienne Tshisekedi. D’ailleurs, depuis cette date, ce dernier est consigné en résidence surveillée. D’autres opposants qui lui sont proches, dont Georges Leta, Davin Ntondo Nzovouangu, Nsimba Embete, Gabriel Mokia, Eddy Kapend, Fernando Kutinho, entre autres, sont toujours incarcérés à la prison centrale de Makala.
De quoi faire dire à ce membre de la MPP, mouvement politique et social regroupant la diaspora congolaise, que «tout a été mis en œuvre pour que le président puisse gagner grâce à la fraude, pour ensuite emprisonner tout le monde». Aujourd’hui, «manifester signifie se faire tuer par l’armée de Kabila», accuse M. Moubiala.
«Nous ne demandons pas le boycott du Sommet de la francophonie, mais purement et simplement son annulation et sa délocalisation vers une autre capitale d’un pays membre ou la démocratie est de rigueur», précise Philippe Liondo, président de l’association Congo ou légitime défense basée à Neuchâtel. «La francophonie est un espace pour promouvoir certaines valeurs. Et il y a contradiction entre la Charte de la francophonie et ce qui se passe en RDC. Les pays qui ne la respectent pas ne doivent pas organiser un quelconque sommet» ajoute-t-il.

Abdou Diouf, symbole démocratique?
Les opposants au Sommet comptent s’appuyer sur des mécanismes pacifiques pour atteindre leur objectif. «Nous allons battre le macadam ici et partout en Europe, aux USA, en Afrique pour faire comprendre aux Etats membres de la francophonie qu’on ne peut banaliser la dictature, surtout celle de Kabila. Il y a des opposants emprisonnés et il ne faut pas oublier qu’il y a eu 8 millions de morts dans ce pays», rappelle Njo Moubiala.
Marie Thérèse Tshikudi Kabondo, coordinatrice de la MPP-Europe et présidente de la Ligue internationale des femmes de la diaspora congolaise, compte sur le secrétaire général de la francophonie Abdou Diouf, ex-président sénégalais qui céda pacifiquement le pouvoir en 2000. «Il incarne la montée de la démocratie en Afrique, il a le devoir d’écouter le cri de cœur du peuple congolais tout entier» clame-t-elle. Contacté, le Bureau de la francophonie de Genève indique néanmoins ne pas pouvoir interférer dans une décision – le choix du site – qui incombe aux seuls Etats.

La Suisse appuie
Quant au Département fédéral des affaires étrangères, il se montre plutôt favorable à la destination choisie. «Pour le pays hôte, l’organisation d’un Sommet de la francophonie est une occasion pour s’engager en faveur des valeurs de la francophonie, en particulier les droits de l’homme», explique Carole Wälti, secrétaire générale à l’information. Elle ajoute: «Il est hautement souhaitable que le sommet de Kinshasa adresse dans cette région d’Afrique un message fort en matière de paix, de démocratie et des droits de l’homme.»
Même analyse du côté d’Amnesty International, qui – si elle partage bonne part des critiques des opposants – estime que le boycott d’un pays n’est pas la bonne façon de résoudre les problèmes. I

 

Un choix confirmé deux fois

Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement est l’instance suprême de la Francophonie. Il se compose des hauts représentants des pays ayant le français en partage et se réunit tous les deux ans dans un pays membre. Le thème retenu pour le sommet de Kinshasa est «Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale».
Les Etats ont désigné la RDC hôte de ce XIVe lors du Sommet de Québec d’octobre 2008. Un choix confirmé au sommet de Montreux d’octobre 2010, puis à la 27e session de la Conférence ministérielle de la francophonie, tenue à Paris en décembre 2011.

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