«Parler de réseau mafieux rom est totalement abusif»
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MENDICITÉ • Les associations craignent que les amalgames se multiplient après l’opération policière à la frontière franco-suisse la semaine dernière.
Les associations de défense des roms voient rouge, après la médiatisation du démantèlement d’un prétendu «réseau mafieux» à la frontière entre la Suisse et la France. La semaine passée, la police d’Annemasse annonçait en effet avoir arrêté une quarantaine de ressortissants roumains, dont une dizaine seraient à la tête d’un réseau criminel accusé de traite d’êtres humains et d’escroquerie en bande organisée. La mendicité forcée serait au cœur du système qui a permis à ces gens, selon la police, de rapatrier quelques 110 000 euros pour leur compte en Roumanie.
«J’ai de sérieux doutes sur cette enquête démarrée en 2011 dans un contexte de répression anti-Roms impulsé par Sarkozy», souligne Sylvain Thévoz, conseiller municipal socialiste en Ville de Genève. Membre du collectif pour l’abrogation de la loi genevoise anti-mendicité, il estime «abusif» de parler de «mafia» à ce stade. «Qui leur donnait de l’argent, dans quel but et où a-t-il atterri? On n’en sait rien.»
Usure ou survie?
S’agit-il d’un cas d’exploitation organisée, comme l’entend la police d’Annemasse, ou d’une interprétation de pratiques bien connues des associations? «Le peu d’argent que les Roms récoltent finit dans leurs poches, assure Dina Bazarbachi, de Mesemrom. Et lorsqu’ils font de petites économies, il arrive que certains d’entre eux les confient à un membre de la communauté pour les faire envoyer à la famille, via des transporteurs comme Western Union. On est très loin de la traite d’êtres humains...»
Sylvain Thévoz évoque aussi des systèmes de solidarité complexes internes à la communauté: «Les emprunts à des taux d’intérêts de 100%, pour faire le voyage ou payer des frais d’hôpitaux, ça existe. Mais à partir de quand est-ce de l’usure, de l’escroquerie, ou un procédé gagnant-gagnant au sein d’une économie de survie avec ses micro-entrepreneurs de la misère humaine?»
En attendant, ce n’est pas la loi anti-mendicité qui permet de combattre les abus, souligne le conseiller municipal. «Elle coûte cher et n’a jamais empêché quiconque de mendier ou de se faire exploiter», écrit-il sur son blog.
Dina Bazarbachi, elle, reste convaincue que la police française est «à côté de la plaque». Elle en veut pour preuve que l’un des neuf chefs présumés, arrêté la semaine passée puis relâché, s’est présenté depuis à Mesemrom. «Il avait sur lui près de 200 amendes pour mendicité. Expliquez-moi pourquoi un chef mafieux passerait ses journées à mendier?» s’égosille l’avocate.
«Organisations claniques»
Les associations n’excluent pas l’existence de réseaux de prostitution ou de cambriolage, ou même que des individus profitent de leurs concitoyens pour se faire de l’argent. «Mais je ne crois pas une seconde qu’un réseau mafieux puisse se développer sur la mendicité, affirme Dina Bazarbachi. Ici, les Roms gagnent entre 5 et 10 francs par jours, et ils doivent manger avec cela.»
A Genève et en Suisse romande, les polices cantonales n’ont pas non plus constaté à ce jour la présence de telles structures. «On ne peut pas l’exclure, mais nos investigations n’ont jamais démontré l’existence d’une telle forme d’organisation criminelle, note Patrick Pulh, porte-parole de la police genevoise. Nous parlons plutôt d’organisations claniques ou communautaires, dont les membres sont souvent issus d’une même région ou d’un même village.» Quant à Philippe Guffon, commissaire chargé de l’enquête au sein de la police d’Annemasse, il était injoignable hier. I





