Tous les chemins mènent au putsch
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Cela faisait quatre ans que l’oligarchie paraguayenne attendait l’occasion de se débarrasser de celui qui avait mis fin à son pouvoir absolu à Asunción. Fernando Lugo, ancien évêque des pauvres devenu président, a été destitué vendredi par les députés paraguayens après un simulacre de procès et remplacé par le vice-président Federico Franco.
Comme au Honduras en juin 2009, le processus se pare des atours légaux d’une intervention parlementaire – «certes brutale mais nécessaire» – contre un président jugé déviant. En Amérique centrale, Mel Zelaya était accusé d’autoritarisme. Ici, Lugo est taxé de faiblesse et d’incompétence. Tous les chemins mènent au putsch.
Et à Rome, puisque le Vatican aura été le premier pays – avec l’Espagne de Mariano Rajoy! – à reconnaitre le gouvernement «franquiste». Dès samedi, le nonce apostolique paraissait au palais présidentiel pour une belle poignée de main photographique avec Federico Franco. Une rapidité qui montre que les préparatifs du «golpe» ont été bon train. La bataille d’image du nouveau régime et de ses alliés pour empêcher sa mise au ban diplomatique est engagée.
Tous les chemins mènent à Washington, également. Comme l’avaient révélé les fuites de WikiLeaks en 2010, les Etats-Unis portent un regard plus qu’attentif à ce pays clé, situé entre ses rivaux régionaux: Brésil, Bolivie et Argentine. Leur agro-industrie, Monsanto en tête, y est particulièrement puissante, en alliance avec les latifundistes locaux, grands producteurs de soja transgénique.
Ceux-ci n’avaient pourtant pas trop à se plaindre de Fernando Lugo. Malgré toute sa bonne volonté, le chef de l’Etat manquait de leviers de pouvoir face à des institutions parlementaire, judiciaire, médiatiques et économiques défavorables à sa politique de soutien à la petite paysannerie. Lâché par le Parti libéral de son vice-président, qui fut un bref temps son seul soutien institutionnel, M. Lugo s’est toujours refusé à actionner l’ultime recours de la mobilisation populaire, de crainte de paraître antidémocratique ou de provoquer des violences. Sa ligne, sinueuse, a varié entre soutien tacite aux mouvements sociaux, légalisme et recherche de compromis avec les partisans de l’oligarchie. Mais loin d’amadouer ces derniers, Lugo a surtout fini par les convaincre qu’ils pourraient le faire chuter sans trop de mal. C’est chose faite aujourd’hui. Le président élu s’est tenu à ses principes et a accepté son éviction… comme le lui demandait instamment l’Eglise, encore elle.
A moins d’un an des élections, Fernando Lugo espère sans doute que le putsch finisse par jeter l’opprobre sur les traditionnels partis clientélistes – Colorado et Libéral – et pousse la majorité des Paraguayens à nettoyer leur parlement. La stratégie se défend. Elle ne pourra toutefois être gagnante qu’à condition que le scrutin se tienne dans de meilleures conditions qu’au Honduras. Le fort soutien des pays voisins (Argentine et Brésil) ne sera pas de trop pour forcer une issue réellement démocratique à ce coup d’Etat.





