Mardi, 21 mai 2013

Spécial copinage

SAMEDI 23 JUIN 2012

D’OUTRE-SARINE

Puisque vous lisez le Courrier – au moins aujourd’hui –, vous ne pouvez pas ne pas connaître son alter ego: la WOZ. Un alter un peu différent (oui): au lieu d’être une association, la WOZ est une coopérative. Comme son acronyme l’indique, elle paraît une fois par semaine. Et bien sûr, elle est distribuée en Suisse alémanique, ainsi qu’au Tessin – les Tessinois lisent très bien la langue des colons, qu’ils peuvent pratiquer sur tout leur territoire. Ah oui, elle est un peu plus épaisse que le Courrier. Forcément, c’est un hebdomadaire. Micro revue de presse.

Il y a quinze jours, un de ses journalistes testait pour nous la journée avec 8 francs en poche – ce à quoi sont désormais condamnés tous les demandeurs d’asile. La semaine passée, à propos de Rio + 20, le journal racontait comment Shell s’est immiscé dans les débats sur l’économie verte, explorant aussi les différentes acceptions du mot «durable». Dans le même numéro, il interrogeait des participants au rassemblement qui a amené 10 000 jeunes à faire la fête – plutôt tranquillement – sur la Place fédérale, début juin, réclamant une vie nocturne digne d’une capitale, et abordable; ceux-ci thématisent notamment le rôle de bouc émissaire du centre culturel alternatif la Reitschule. Dans le numéro paru jeudi, une grosse enquête est consacrée aux communistes indiens, influents dans sept Etats et dont on n’entend que rarement parler. Bref.

A gauche en paroles, la WOZ l’est aussi en actes: tout le monde y gagne le même salaire. Le concept n’a jamais été blackboulé, même si, dans les vagues successives de nouveaux arrivants, certains ont pu adhérer au concept plus chaleureusement que d’autres.

La WOZ est aussi drôle et impertinente dans ses pubs et ses actions. Ma préférée: en 2008, en plein cœur de la débâcle de l’UBS, l’hebdomadaire proposait de sauver la banque, fort du savoir accumulé au cours des innombrables crises qu’il a eu – comme le Courrier – à gérer en trente ans. Comment? En achetant une action UBS pour chaque abonnement souscrit. Quelque 1,039 milliards d’abonnements plus tard, le tour était joué: «Alors, la Suisse pourra être à nouveau fière de sa banque. Qui paiera aussi des salaires corrects, explique un journaliste, imperturbable, sur www.youtube.com/watch?v=j8kPxuW1G2I. Chacun de vous en profitera. Comme actionnaire.» Bref. La Suisse allemande sans la WOZ, ce serait beaucoup de professionnalisme, de pertinence et d’autodérision en moins.
 

 

* Journaliste au Courrier.

Vous devez être loggé pour poster des commentaires