Franc jeu contre la fraude fiscale
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Alors que la crise financière a plombé les comptes publics de la zone euro, les regards se tournent avec insistance vers l’évasion fiscale et l’une de ses destinations privilégiées: la Suisse. Une commission d’enquête du Sénat français était jeudi et ven-dredi en terres helvétiques, sur la trace des fortunes planquées à l’abri du fisc hexagonal.
On ne peut que se réjouir de ces pressions. Comment tolérer que de grosses fortunes prospèrent à l’ombre du secret bancaire, alors que des populations sont mises à genoux par les politiques d’austérité? Selon le Tax Justice Network, l’évasion fiscale pèse 850 milliards d’euros par année dans l’Union européenne.
La Suisse fait allégrement sa part du business. Les 34,3 milliards d’avoirs français (titres exceptés) déposés dans des banques helvétiques1 n’y sont pas pour la beauté du paysage. Pas davantage que les fonds italiens (17,7 milliards), espagnols (9,2) ou grecs (5,5).
Certes, la lutte contre les paradis fiscaux a été jusqu’ici dominée par l’hypocrisie et la défense d’intérêts particuliers. Les Etats-Unis sont aussi zélés à traquer leurs exilés fiscaux qu’à couvrir les agissements de leur secteur financier. Et le Royaume-Uni, dont le premier ministre David Cameron a récemment souhaité la bienvenue aux fraudeurs français, joue un jeu particulièrement cynique.
Le changement viendra-t-il de l’Hexagone? Les rodomontades de l’ancien président Nicolas Sarkozy n’avaient pas été suivies d’effets. Mais le basculement de majorité, de même que l’ouverture d’une information judiciaire contre UBS en France, offrent une opportunité. La Suisse n’est pas seule dans le collimateur des sénateurs, qui se disent prêts à combattre l’évasion fiscale où qu’elle soit.
Paris ne pourra évidemment pas changer seul les règles du jeu. Il lui faudra trouver des alliances. Le vacillement de la zone euro et la crise politique que traversent plusieurs Etats du sud de l’Europe constituent paradoxalement un levier. S’il existe une autre Union que celle de la prédation des richesses et de la chasse aux migrants, c’est le moment qu’elle se manifeste.
La Suisse, de son côté, persiste à jouer la carte bancaire. Si Berne a plié face aux Etats-Unis, c’est pour éviter que les banques ne perdent un gigantesque marché. Les accords Rubik négociés avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Autriche sont motivés par les mêmes intérêts. Avec sa stratégie, la Suisse s’est privée de toute possibilité de peser dans des négociations pour imposer un minimum de réciprocité aux faux jetons déguisés en justiciers. Mais ce n’est pas ce qui l’intéresse.
- 1. Banque nationale suisse, statistiques 2011





