Les aiguilleurs du rêve
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ROMAN • «LE TRAIN DE SUCRE» DE MARIE-JEANNE URECH
«Quel trésor caches-tu dans ta sacoche ? Tu peux nous le dire, puisque demain tu seras riche.» Riche? Peut-être, car lorsque trois amis qui ne connaissent rien au business achètent un train chargé de sucre dans l’espoir de le revendre, l’aventure peut démarrer. Le Train de sucre, dernier roman de Marie-Jeanne Urech, se déroule dans une ville imaginaire du Sud, principalement à la terrasse du Café Takaïba. Pour Manuel, Balthasar et Désiré, suivre à distance le voyage de 10 000 kilomètres de leur train s’apparente à une aventure immobile. Le rêve de ces trois hommes, aussi familiers du boursicotage qu’eussent pu l’être les «Valeureux» de Céphalonie du roman homonyme d’Albert Cohen: réaliser un mirobolant profit lors de la revente du stock de sucre, une fois le convoi arrivé à destination.
Au café, où Balthasar a ses habitudes à un tel point qu’il paraît faire corps avec le mobilier, si l’aventure reste immobile, elle s’enrichit tout de même – à défaut de dollars – de nombre de récits. Chaque soir en effet, afin de tromper l’attente et ses tourments, les trois amis se racontent une histoire. S’ensuit une série de récits drôles, émouvants ou absurdes qui donnent verve et vie à cet ouvrage, grâce à l’écho des tribulations de tout un petit monde. Qu’on songe au «Linge de 18h33», qui révèle comment on parvient à travailler comme blanchisseuse en manquant pourtant de place pour étendre le linge à sécher, ou aux déboires d’un ministre qui n’arrive plus à retrouver sa voiture après une embarrassante visite dans un bordel – certes réputé, mais tout de même – de la capitale. Aussi, par le truchement de cette odyssée sédentaire dans un café, Marie-Jeanne Urech réussit-elle non sans humour, grâce à une imagination débridée, à réjouir et faire voyager, en esprit, le lecteur.
MARIE-JEANNE URECH, LE TRAIN DE SUCRE, ED. DE L’AIRE, 2012, 127 PP.





