Dimanche, 19 mai 2013

Fukushima, les jours d’après

DIMANCHE 24 JUIN 2012
«No Man’s Zone» de Toshi Fujiwara
TRIGON-FILM

JAPON/FRANCE • «NO MAN’S ZONE» DE TOSHI FUJIWARA

Après la première fiction sur l’accident de Tchernobyl (La Terre outragée de Michale Boganim, sortie en avril dernier), retour à la réalité brute avec No Man’s Zone, premier documentaire – distribué ici – à traiter à chaud des suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011. Autre lieu, autres temps, mais même menace invisible, mêmes silence et incurie des autorités, mêmes incrédulité et sentiment d’impuissance de la population locale. Les deux films ayant en commun de s’intéresser à la vie qui continue dans la zone irradiée.

Sur place, dans les gravats post-tsunami, le documentariste japonais Toshi Fujiwara recueille les témoignages d’habitants qui ne peuvent se résoudre à abandonner leur maison et leur ville, d’évacués espérant un improbable retour. Car ces gens qui ont tout perdu n’ont plus d’avenir. A quoi bon en effet reconstruire un village qui vivait de la pêche, désormais interdite, où la seule perspective d’emploi est d’aller «nettoyer» la centrale? Et pourtant, nulle réaction de révolte face à la caméra, juste cette étonnante résignation nippone («c’est la vie») et la reconnaissance intacte envers la compagnie Tepco, qui avait apporté la prospérité à cette région rurale.

Un documentaire engagé sur la gestion du désastre par le gouvernement était sans doute incompatible avec la culture japonaise. Au-delà de ce qu’il dévoile des conséquences écologiques et humaines de l’accident, le film prétend dès lors à une pure immersion dans la zone radioactive, dont l’atmosphère fantastique et l’ambition cinématographique affichée renvoient à Stalker de Tarkovski. No Man’s Zone se veut aussi un essai sur notre relation malsaine aux images de destruction, réflexion un peu courte prise en charge par une voix off féminine. Avec son panoramique à 360 degrés en ouverture, sa musique minimaliste aux accents lyriques et son symbolisme primaire, une telle mise en scène du drame – prétexte à philosopher et à faire de la «belle image» – paraît pour le moins superflue ou déplacée, pour ne pas dire indécente.

 
Le Courrier
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