Peinture, mode d’emploi
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

ALLEMAGNE • «GERHARD RICHTER PAINTING» DE CORINNA BELZ
C’est un peu l’anti-Tinguely (2011), ce documentaire de Thomas Thümena qui racontait l’extravagant artiste fribourgeois par la face people. C’est aussi l’antithèse de la plupart des documentaires dédiés aux plasticiens, qui préfèrent les vues d’ensemble à l’immersion par trop sélective. Or l’approche anglée, c’est précisément ce que pratique Corinna Belz dans Gerhard Richter Painting. Après avoir filmé le peintre allemand lorsqu’il exécutait un gigantesque vitrail pour la cathédrale de Cologne, elle a obtenu son autorisation pour s’incruster dans son atelier, durant plusieurs mois.
Ainsi, le documentaire qui en est issu s’attarde très peu sur la biographie de Richter, qu’il s’agisse de son enfance et de ses études en Allemagne de l’Est, de son passage à l’Ouest en 1961 ou de sa montée en puissance sur la scène artistique internationale – il est aujourd’hui l’un des peintres les plus importants de l’époque contemporaine, avec un travail qui alterne la figuration et l’abstraction, dans un rapport ambigu avec la photographie. Au-delà de quelques images d’archives ou de moments de confession face caméra, c’est autour d’œuvres sans aucune référence au réel que tourne le film. Leur particularité réside dans leur mode de fabrication par couches successives – une technique que le peintre pratique depuis longtemps, sur des toiles ou des photographies. Il travaille au pinceau, mais aussi au racloir format XXL, aidé de quelques assistants lorsqu’il s’agit de préparer les couleurs.
Passionnant, parfaitement rythmé, le documentaire raconte Richter par son rapport à la matière, à la surface, aux compositions qu’il met du temps à fignoler avant de les recouvrir presque entièrement, quelques semaines plus tard. Un excellent film sur l’art et ses manières d’émerger, donc. Très pudique et sans mystification de l’artiste en Maître – le risque, pourtant, était grand.





