La tête dans le sable de Rio
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La présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf a résumé la situation. Avec le sens politique qui la caractérise, la Grisonne a annoncé lundi qu’elle ne participerait pas à la Conférence de l’ONU sur le développement durable, retenue en Suisse par «d’importants dossiers de politique financière». Les mauvais esprits diront que ça fait un aller-retour Zurich-Rio de Janeiro de moins, pour une conférence de toute façon perdue d’avance. Les autres relèveront que c’est cette attitude de résignation ou de mépris qui a mené la majorité des gouvernements à saborder la rencontre.
Depuis des mois, les ONG mettent en garde contre «l’échec programmé» du sommet onusien qui devait inventer une gouvernance écologique planétaire. Trop occupés à sauver le capitalisme, les Etats occidentaux ont choisi de faire l’impasse sur la sauvegarde de l’environnement. Quant aux pays émergents, ils ne veulent plus supporter le poids de nos gaspillages passés et de notre consumérisme présent. A force de pointer du doigt l’Inde et la Chine, fabriques de nos biens de consommation, l’Occident ne fait que soulager sa conscience et braquer ses colocataires planétaires.
Peu désireux de porter le chapeau de l’«échec», les chefs d’Etat ont donc laissé leurs délégués négocier une déclaration décaféinée, sous l’impulsion du pays hôte soucieux de sauver les apparences. Aucune mesure, aucune institution régulatrice, aucun objectif contraignant ne sortiront de Rio+20. Même la fameuse «économie verte», à laquelle est consacrée la rencontre, va demeurer sans définition, laissant la porte ouverte à toutes les impostures repeintes en vert.
Plutôt qu’un «échec» ponctuel, Rio+20 incarne de fait le triomphe du courant de pensée libéral. Le chacun pour soi plutôt que la régulation. La compétition avant la coopération. Finalement, pourquoi le refus dogmatique des Etats d’intervenir dans l’économie – credo partagé par nombre d’écolos – ne s’appliquerait-il qu’aux questions sociales?
La seule surprise à la vue de cette comédie éculée – déjà jouée à Copenhague, Cancun et Durban – est l’absence de réaction des populations face à la crise environnementale. Car l’inconscience des gouvernants est aussi la nôtre. Notre mode de vie non durable et le processus de destruction irréversible en cours sont clairement identifiés. Le futur de la planète nous est-il à ce point indifférent?





