Lundi, 20 mai 2013

Jeff Koons ou l’éloge de la vacuité

MERCREDI 20 JUIN 2012
Jeff Koons, Balloon Dog (Red)(1994–2000).
Collection privée, Europe © Jeff Koons Photo: Jeff Koons Studio, New York

RIEHEN • Avec sa grande exposition de l’artiste étasunien, la Fondation Beyeler célèbre le vain.

Dans l’art, le vide suscite beaucoup d’intérêt – c’est ce que rappelait en 2009 une exposition au Centre Pompidou de Paris et à la Kunsthalle de Berne. Or la manipulation du néant, c’est aussi la spécialité de l’Etasunien Jeff Koons. A l’honneur à la Fondation Beyeler de Riehen (Bâle), il n’a eu de cesse d’imaginer des pièces qui pratiquent concrètement l’absence.
Chronologique, l’exposition débute avec les ready-made de la série «The New»: des aspirateurs et autres shampouineuses à moquettes jamais usités, admirablement mis en scène dans des vitrines à plusieurs étages. On poursuit avec la série «Banality», dès la fin des années 1980, qui correspond aux premières œuvres iconiques de l’artiste: des sculptures de bois ou de porcelaine réalisées par des artisans sur un modèle produit par Koons. On y voit Buster Keaton sur un âne, des jouets d’enfants, la fameuse pin-up tenant une panthère rose dans ses bras ou Michael Jackson et son singe Bubble posant à la manière d’une Piéta.

Enfin, la série «Célébration», débutée en 1994, réunit des peintures à l’huile de grand format, des statues monumentales de polyéthylène et des sculptures d’acier étincelantes. Ces dernières, comme dans le cas de Balloon Dog (Red) (1994-2000), ont la forme d’animaux en baudruches – en l’occurrence un chien rouge.
Et le vide, dans tout ça? C’est celui que brassent les aspirateurs ou que renferment les ballons en acier – à moins qu’il ne s’agisse du «banal» que se donne pour objectif de questionner la série du même nom. Mais plus généralement, le néant est aussi une posture philosophique, chez Koons, dont les œuvres atteignent parfois plusieurs dizaines de millions de francs, comme l’a rappelé la foire Art Basel la semaine dernière.
Un succès sur les marchés que l’artiste doit à son génie dans la manipulation du vain: cette qualité est pour le moins rassurante à l’heure d’acheter en espérant une cote à la hausse. Quant aux visiteurs qui attendent d’un artiste davantage qu’une posture et des prix prohibitifs, ils passeront leur tour.

 

Fondation Beyeler, jusqu’au 2 septembre, tous les jours 10h-18h, me jusqu’à 20h, www.fondationbeyeler.ch

 
Le Courrier
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