Mercredi, 19 juin 2013

Au secours des généralistes

MERCREDI 20 JUIN 2012

SANTÉ • La Suisse va au-devant d’une pénurie de médecins de famille. Le remède qui doit assurer la relève est notamment financier. Alain Berset a présenté hier un plan directeur.

Ce qu’un conseiller fédéral a fait, un autre conseiller fédéral peut le défaire. Le tour de vis effectué par Pascal Couchepin sur les analyses de laboratoire afin de réduire les coûts de la santé est aujourd’hui remis en cause par Alain Berset. «Les conséquences sur le revenu des médecins de famille ont été plus importantes que prévu», explique le chef du Département de l’intérieur. En fait, il s’agit surtout de trouver des solutions pour rendre son attrait à la profession. «Le revenu actuel des généralistes ne permet pas d’assurer la relève, souligne le président de la FMH Jacques de Haller. Dans cinq ans, les deux tiers d’entre eux seront en âge de prendre leur retraite.» Il fallait réagir. Alain Berset a présenté hier un plan directeur qui est soutenu par l’ensemble des partenaires de la santé.
Ce n’est sans doute pas un hasard si ce plan est dévoilé deux jours après l’échec des réseaux de soins en votation populaire.  Le socialiste fribourgeois ne pouvait pas rester sur une défaite. Le projet est cependant bien antérieur à la votation. Il est le fruit des réflexions suscitées par l’initiative «oui à la médecine de famille», déposée il y a deux ans avec plus de 200 000 signatures. Lors de la dernière session parlementaire, le Conseil des Etats a adopté un contre-projet direct qui tient compte des revendications des généralistes. Ce texte ne constitue cependant qu’un cadre général. Plus concret, le plan directeur permettra d’avancer plus rapidement. Grâce au soutien des cantons, des médecins et de la conférence universitaire, il peut englober des mesures qui vont au-delà du domaine de compétence de la Confédération.
Dans le domaine de la formation, la médecine de famille va faire un bon en avant: création de chaires de professeurs ordinaires dotées des ressources nécessaires à l’enseignement et à la recherche, stages dans des cabinets de médecin de famille, formation postgrade spécifique, encouragement de la recherche.  Par ailleurs, des mesures incitatives, relevant des cantons et des communes, doivent assurer une répartition plus équilibrée de l’offre entre les différentes régions. Selon le conseiller d’Etat bâlois Carlo Conti, président de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé, le numerus clausus ne sera pas supprimé mais les cantons universitaires vont augmenter le nombre de places pour les études en médecine de base.

Bras de fer en vue
Jusque-là, tout le monde est d’accord. Le consensus se fragilise dès qu’on parle gros sous. «Les questions tarifaires sont plus trapues», soupire Jacques de Haller. La révision complète du système de tarification médicale (tarmed) qui doit améliorer la rémunération des médecins de premier recours et des assistants médicaux se heurte au problème de la neutralité des coûts. La présidente de la commission de la santé du Conseil des Etats, Christine Egerszegi (plr/AG), souligne que le gâteau n’est pas extensible: «Il faudra que les spécialistes se serrent un peu la ceinture pour que les médecins de famille ne soient plus à la diète.» Président du comité de l’initiative «oui à la médecine de famille», Peter Tschudi n’a cependant aucune envie d’entamer un bras de fer avec les spécialistes. Selon lui, «il faut accepter de consentir un investissement pour avoir quelque chose en échange». Alain Berset ne tranche pas. Il laisse entendre qu’une certaine marge de manœuvre est possible.
Il a déjà utilisé la sienne pour intervenir sur les analyses de laboratoire. La liste actuelle sera complétée dans les deux ans par un chapitre sur le diagnostic en présence du patient. Le but est aussi de mieux indemniser les analyses rapides auxquelles se livrent les médecins de famille.
Ces différentes mesures ne sont encore qu’à l’état de projet. La mise au point du plan directeur va se poursuivre en tout cas jusqu’au printemps prochain. La commission de la santé, qui soutient le projet avec une motion, espère qu’il conduira les initiants à retirer leur texte. Peter Tschudi reste prudent. «L’initiative sera maintenue tant que nous n’aurons pas de résultats concrets.» I

 
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