Les rues genevoises ont une touche
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MUSIQUE • Vingt pianos sont disposés en libre accès dans la ville jusqu’au 1er juillet, pour la deuxième édition genevoise du projet «Jouez, Je Suis à Vous».
Depuis hier, les cadenas qui verrouillaient les vingt pianos installés dans les rues genevoises ont été ouverts. Disposés dans la Ville et quelques communes, les instruments sont en libre accès jusqu’au dimanche 1er juillet.
Luke Jerram, artiste anglais et auteur de performance et d’installations à travers le monde, est l’initiatieur du projet Play Me, I’m Yours. Comment l’idée d’une telle installation urbaine lui est-elle venue? «J’allais à la laverie de mon quartier tous les week-ends, et y retrouvais toujours les mêmes personnes, mais nous ne nous parlions pas», se souvient-il. «Ces communautés invisibles qui passent du temps ensemble en silence, et se croisent au quotidien, sont nombreuses.» Luke Jerram pense donc au piano comme «catalyseur pour la conversation, et permettant de changer la dynamique d’un espace».
C’est également sous cet angle que le magistrat chargé de la Culture et du Sport en Ville de Genève, Sami Kanaan, entend investir dans des projets «à la fois convivaux et culturels»: «Nous essayons d’encourager ce genre d’activités qui favorisent le lien entre les gens, comme les Aubes musicales aux Bains des Pâquis, la Barje ou la Terrasse du troc», explique le conseiller administratif. Et d’admettre que la Ville est aujourd’hui davantage dans le soutien que dans la création.
Vingt pianos dans cinq communes
Né en 2008 à Birmingham, le projet anglais prend vite de l’ampleur, notamment après une édition londonienne couronnée de succès. Cet été, quatre villes offrent à leurs habitants la possibilité de pianoter dans les rues. Outre le bout du lac, Londres et Salt Lake City (Etats-Unis), quarante pianos investissent Paris avec l’inauguration aujourd’hui de douze claviers autour du Louvre.
Après une première édition genevoise l’an dernier, associée aux vingt ans de la Fête de la musique, l’Association Tako élargit en 2012 l’emplacement des instruments. Dix pianos droits sont disséminés dans le centre-ville, au bord du lac, au parc des Bastions, en vieille-ville et à Plainpalais entre autres. Les autres sont placés dans les communes d’Onex, Vernier, Carouge et Cologny.
Une carte est disponible sur le site internet. C’est d’ailleurs le seul moyen de communication du projet, avec le groupe Facebook, selon le concept de Luke Jerram: pas d’affiches ni de prospectus, juste l’inscription du site web sur le couvercle relevé du piano.
Dan Acher et Catherine Armand, de l’Association Tako, suivent à la lettre les recommandations de l’artiste. «Le but, c’est la spontanéité.» Ainsi, aucun concert ou autre manifestation ne sont organisés si ce n’est par la population elle-même: «Pas besoin de demander une autorisation, les pianos sont ouverts à tous». On peut par exemple «poster» sur la page Facebook l’annonce d’un événement – comme une jam proposée demain en début de soirée au Bourg-de-Four –, ou simplement s’installer sur le tabouret et laisser les muses inspirer l’interprète urbain.
Tenir l’accord, un défi!
«Il y a tout un travail pour préparer ça», rappelle Adrian Gaitero, le transporteur de pianos, et d’ajouter avec le sourire que «c’est une très jolie action». Choisis à Emmaüs depuis janvier, les instruments sont récupérés, accordés, puis donnés à des associations à la fin du projet. Face aux intempéries – le seul vrai vandale repéré l’an dernier – et aux changements de températures, l’instrument se désaccorde vite. Contre la pluie, une bâche est placée au dos du piano. Et surtout, il y a ce «fou, véritable Sisyphe», Alejo Garcia, qui tourne à longueur de journée, ses clés en main, pour accorder une moyenne de sept pianos par jour.
Du 18 juin au 1er juillet de 9h à 21h (quatre pianos accessibles en permanence). www.jouezjesuisavous.com et www.facebook.com/jouezjesuisavous





