Où est passée l’alternative?
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Le paradoxe est douloureux mais significatif. Alors que, d’une main, les Genevois écartaient hier les projets de la technocratie conservatrice (managed care, réforme des régies publiques, épargne-logement), de l’autre, ils ont fait un triomphe à son incarnation faite conseiller d’Etat.
Davantage que la victoire de Pierre Maudet – dont tout le monde reconnaît la carrure –, c’est l’écart creusé sur sa challenger socialiste qui sur-prend. Le cartel des extrêmes droites n’a pas le moins du monde freiné l’ex-radical dans sa conquête du pouvoir. M. Maudet, qui a toujours su se montrer distant avec les idées nauséabondes de l’UDC, assène là une magistrale claque à tous les pseudopragmatiques de son camp.
Du côté du PLR, on peut savourer ce cadeau presque inespéré des urnes. Malgré le fiasco Mark Muller et les débuts hésitants d’Isabel Rochat, il conserve trois sièges sur sept au gouvernement. Le talent du candidat victorieux et la crainte d’une cohabitation y sont pour beaucoup. L’actuelle majorité a désormais seize mois pour faire redémarrer la construction de logements et combattre le sentiment d’insécurité si elle veut s’épargner un sévère retour de bâton. Le scrutin sera alors bien moins personnalisé.
A gauche, la remise en question risque d’être plus délicate. Dévorée par deux véritables bêtes politiques, Anne Emery-Torracinta ne porte pas seule la responsabilité de la défaite. Son déficit d’image a certainement pesé, et les stratèges socialistes n’en sortent pas grandis. Mais le véritable problème est ailleurs, bien plus fondamental. Il réside dans le manque de crédibilité du camp alternatif.
Le passif du précédent gouvernement à majorité rose-vert est encore présent dans les mémoires, sans qu’aucun bilan sérieux n’ait été tiré. Derrière une unité de façade, roses et verts –pour ne pas parler des multiples gauches radicales– peinent toujours à s’entendre sur un projet commun. Fiscalité, rôle de l’Etat, promotion économique, autant de dossiers clés qui déchirent la gauche mais rassemblent la droite. Méritoires, les projets concrets développés par Mme Emery-Torracinta durant la campagne n’ont pas suffi à dessiner une autre politique possible.
Même au sein des partis, les ailes semblent battre chacune de leur côté. Comment expliquer, sinon, que le conseiller d’Etat socialiste Charles Beer soit venu torpiller la campagne de son parti contre la réforme des régies publiques. Un cadeau à Eric Stauffer, trop heureux de faire passer son MCG pour la seule véritable opposition à Genève.
L’incapacité à incarner – au-delà de l’étiquette – une alternative cohérente explique peut-être la plus faible mobilisation, hier, de ses bastions, par rapport aux arrondissements bourgeois ou aux fiefs du MCG. Pas sûr que seize mois suffiront à inverser la tendance.





