Vendredi, 24 mai 2013

Le psychédélisme des «sixties» revisité

DIMANCHE 17 JUIN 2012
Anton Newcombe, du groupe Brian Jonestown Massacre. DR

CONCERT Autour d’Anton Newcombe, Brian Jonestown Massacre fait survivre le psyché-rock. A voir à Guin (FR).

Il faut bien le dire, l’adjectif «foutraque» va comme un gant au groupe étasunien Brian Jonestown Massacre – un nom tiré de la contraction de Brian Jones, fondateur historique des Rolling Stones décédé en 1969, et du «Jonestown Massacre», soit le suicide collectif qui eut lieu dans cette ville de Guyane en 1978.
Formation à géométrie variable construite autour de l’extravagant Anton Newcombe (qui a usé une soixantaine de musiciens en deux décennies d’existence), Brian Jonestown Massacre s’alimente au moins autant au psychédélisme des Byrds qu’à l’indie rock US ou à la pop des Kinks et autres Beatles.

EN SÉCURITÉ A BERLIN
Le tout à travers un filtre flouté et tordu, mais par moments indéniablement génial. Ce qui a valu au groupe, échappé de la scène underground de San Francisco, de mériter dans certaines bouches les qualificatifs de «culte» ou «légendaire». Voilà qui est peut-être un peu exagéré, tant la discographie du collectif, étalée sur vingt ans et douze albums, apparaît aussi inégale et cahoteuse qu’un sentier d’alpage. Peut-être, se dit-on, que cet engouement tardif fait figure de reconnaissance pour avoir tenté, avec malgré tout un certain succès, de faire survivre le psyché-rock durant la longue décennie des années 1990, alors que la planète n’avait d’oreilles que pour le grunge ou la britpop.
Mais force est de constater qu’à l’exception de l’excellent Give It Back! (1997), les albums de Brian Jonestown Massacre alternent le pire et le meilleur, à l’image de Who Killed Sgt. Pepper?, un album dévoilé il y a deux ans lors d’un premier concert au Bad Bonn. Mercredi, le groupe sera de retour à Guin, dans la campagne fribourgeoise, avec Aufheben, un nouveau (et très bon) disque composé à Berlin.
«C’est là que j’habite aujourd’hui, dans le quartier de Prenzlauer Berg. J’y ai même construit un studio», explique Anton Newcombe au bout du fil, d’une voix haletante et fatiguée. «Désolé, j’ai dû me lever tôt ce matin et je ne suis pas très en forme», prévient-t-il quand on lui demande si Berlin et sa multiculturalité l’ont inspiré. «Je ne sais pas trop en fait, car je suis surtout là pour me concentrer sur ma musique. Mais c’est une ville où je me sens en sécurité. Ce qui n’était plus le cas aux Etats-Unis, avec toutes ces guerres et ces tueurs en série. Ici, c’est plus simple. Comme je ne parle pas allemand, je n’ai aucune idée de ce qui se passe autour de moi.»
C’est ce mélange des cultures qu’Anton Newcombe a voulu retranscrire en donnant à son disque un titre en allemand et en enregistrant une chanson en finlandais (le trouble et magnifique «Viholliseni Maalla» murmuré par la chanteuse Eliza Karmasalo) et une autre en français (le très sixties «Gaz hilarant»).

HOMMAGE AUX STONES
Les années soixante sont d’ailleurs omniprésentes sur ce douzième album, avec tout ce que cela signifie d’artifices en tous genres comme les bandes inversées et les sons de sitar (à l’image de «Panic in Babylon», titre instrumental oscillant entre krautrock et sons exotiques). «Cet album est un hommage à la musique orientale», précise Anton Newcombe. Un hommage aussi aux Beatles et aux Rolling Stones, dont le fameux «Paint it black» ressemble d’ailleurs furieusement au gimmick du «Stairway to the best party in the universe» de Brian Jonestown Massacre.
Des sixties, Aufheben a aussi hérité du côté lumineux et libéré. Anton Newcombe aurait-il voulu administrer à son public un remède contre la crise? «Pas forcément. Car il y a les sixties telles que décrites dans les livres d’histoire, et ce qui s’est réellement passé. Tout n’a pas été positif», relativise le compositeur. Brian Jonestown Massacre évite donc de verser dans l’optimisme béat. Mais livre tout de même, avec ce nouveau disque, l’un des meilleurs chapitres de sa discographie.

 

En concert le 18 juin à Zurich (Abart), le 20 juin à Guin (Bad Bonn) et le 1er juillet aux Eurockennes de Belfort. Album Aufheben, A / A Records (distr. Irascible)

 
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