Mercredi, 22 mai 2013

L’essaim du vivant

VENDREDI 15 JUIN 2012

THEATRE • Médusant poème eschatologique dû au philosophe Michel Onfray, «La Sagesse des abeilles» est monté au Crochetan.

Le récit commence, poignant, sur la tombe paternelle et se scelle la tête dans les étoiles, «au bout de l’éternité». Il est sous-titré «Première leçon de Démocrite». Ce philosophe athée prônait les plaisirs du savoir et ceux de l’homme libre, autonome. Sur le plateau du Théâtre du Crochetan à Monthey, un tulle accueille des estampages nuageux. A voir ce soir encore dans une mise en scène de Jean Lambert-Wild et Lorenzo Malaguerra.
C’est une féérie anatomique qui se révèle, sous la forme d’un automate à la Hans Bellmer, dont les bras obscurs s’élèvent en une gestuelle d’immense marionnette à fils inspirée notamment d’une sculpture de Dionysos. Dans un morphing continu, plusieurs visages s’y tuilent, de l’androgyne au crâne mortuaire. Hybridation réussie entre le mécanique et le vivant, le corps translucide palpite de natures colorées avant de révéler un essaim de butineuses valaisannes, menacées, comme ailleurs, par la pollution et les ondes wifi. Sans abeilles, la chaîne de la pollinisation est rompue et l’ADN de toute vie terrestre anéanti dans un terme de quarante ans, prédit Onfray.
Baignée d’une pluie neigeuse,  grouillant de présences, la bouche d’encre du pantin «surhumain» s’agite. Une «pollinisation poétique» féconde lentement l’assistance d’un gai savoir. «Cette sagesse donnée par les abeilles invite au surhumain» cher à Nietzche, entend-on. La République des butineuses fait figure de modèle à méditer pour la société humaine. Dit par Michel Onfray, le poème est traité par couches, tel un matériau plastique auquel le chamane sonore Jean-Luc Therminarias insuffle une stratification rehaussée par un souffle électro.
Amateur de flux énergétiques lumineux et d’identités changeantes, le théâtre s’affirme ici comme une machine de vision ouvrant sur la connaissance d’une pluralité d’univers alliant le cosmos au cellulaire. Il est, comme le souligne ailleurs Laure Thièry, actrice fétiche de Lambert-Wild, «un apprentissage du regard, de l’écoute, de l’éveil à soi et au monde. «A chacun d’en faire fructifier le miel ouvrant sur une nécessaire reconquête de l’imaginaire.

 

Ce soir à 20h30, Théâtre du Crochetan. Monthey (VS). Loc: tél. 024 471 62 67 ou www.crochetan.ch

 
Le Courrier
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Portrait de André43

La sagesse des abeilles

C'était vraiment bien, ces abeilles ont bercé ma nuit, un grand plein d'émotions merci!

Portrait de mop

Les abeilles et Albert Einstein, relativité d'une phrase

A propos d'abeilles, il semblerait que la citation attribuée à Albert Einstein - "Si les abeilles disparaissaient, l'humanité n'aurait plus que quatre années à vivre", je cite de mémoire, je crois que c'est une phrase proche de ce contenu-là - ne soit pas apparue sur la scène médiatique avant 1994. Soit 39 ans après le décès d'Einstein (1879-1955) dont les abeilles n'étaient pas la spécialité (Einstein n'était pas Karl von Frisch). Encore une phrase "historique" incertaine ardue à prouver ? Comme "Nous n'utilisons que 15% de nos facultés mentales" ? Peut-être. Elle aura eu le mérite de susciter un b(u)zz et un un regain d'intérêt pour la préservation de ces hyménoptères essentiels - même s'il existe d'autres agents pollinisateurs que l'apis mellifica.

Portrait de André43

Les abeilles et la poésie, relativité d'une phrase

Rainer Maria Rilke (auteur des lettres à un jeune poète et autres chefs-d'oeuvres) disait : " Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible. "

Il n'avait rien à prouver, et ici, la poésie ne fait qu'observer et traduire les souffrances d'un peuple, souffrances liées au caractère éphémère de la vie et au but que nous souhaitons lui donner. Observer ces abeilles revient peut-être à nous observer nous-même; entrevoir leur sagesse permettrait peut-être de nous assagir un peu; constater leur disparition devrait pouvoir nous alerter sur notre propre déclin; Et c'est bel et bien le rôle des poètes de tous les temps.