Mercredi, 19 juin 2013

Macbeth en gris majeur

VENDREDI 15 JUIN 2012
Macbeth de Verdi
GTG/MONIKA RITTERSHAUS

OPERA • Sifflé lors de ses précédents passages au Grand Théâtre de Genève, Christof Loy propose aujourd’hui une version plutôt sage du «Macbeth» de Verdi.

Créé à Florence en 1847, puis remanié pour l’Opéra de Paris en 1865, Macbeth est le premier opéra «shakespearien» écrit par Verdi. La version parisienne proposée ici est particulièrement intéressante en ce qu’elle rend tangible l’évolution stylistique de Verdi, entre une manière très proche du bel canto donizettien et l’écriture plus complexe des parties plus tardives.
Dans la fosse, le chef Ingo Metzmacher rend tout cela avec beaucoup de finesse et un très bon sens du phrasé, bien que l’orchestre ne soit pas toujours aussi éruptif qu’on pourrait le souhaiter.
Quant à la distribution, elle est globalement satisfaisante, sans offrir pourtant de grande révélation. Le Macbeth de Davide Damiani est quelque peu intermittent; sa voix semble parfois fatiguée et manque de force d’impact, mais elle se déploie avec une simplicité touchante dans les nombreux passages chantés sotto voce. Sa redoutable épouse est incarnée par une Jennifer Larmore dont les vocalises sont parfois trop appuyées, mais qui incarne magnifiquement le personnage multiple de Lady Macbeth. Dans le rôle de Banco, Christian van Horn impressionne par l’ampleur de ses graves et la qualité de sa projection, tandis que le ténor Andrea Carè fait valoir des moyens vocaux remarquables dans le seul grand air dédié à Macduff.

Un seul «bouh» isolé à la fin de l’étrange ballet qui ouvre le troisième acte, et des applaudissements nourris lors des saluts: Christof Loy n’a pas renoué cette fois-ci avec l’accueil houleux qui avait été réservé à ses Vêpres siciliennes ou à sa Donna del Lago, lors des deux dernières saisons du Grand Théâtre genevois. De fait, on ne retrouve pas dans ce Macbeth les relectures radicales qui avaient suscité tant de remous. Mais il faut dire que la matière de Macbeth est d’une tout autre densité que celle des deux opéras en question, et le metteur en scène n’a pas commis l’erreur de l’aborder avec le même désir de remotiver une trame qui s’effilochait. On est même presque surpris de la relative sagesse des représentations et de la direction d’acteurs.
L’action se déroule dans un décor unique, qui est le château de Macbeth. C’est dans ce même espace que le sabbat des sorcières alterne avec le grand banquet donné par le maître des lieux, et avec les discussions privées des époux. On devrait pouvoir en déduire que les sorcières sont des apparitions fantasmées ou oniriques de Macbeth, et on peut s’étonner, dès lors, du réalisme avec lequel elles sont traitées, à l’instar de la galerie des futurs rois d’Ecosse, qui apparaît plutôt comme une exposition de musée que comme l’hallucination d’un esprit dément. Malgré ce brouillage des registres, la mise en scène parvient à créer une atmosphère d’oppression très efficace, renforcée par le décor unique et distillée par des éclairages parcimonieux, jouant sur les teintes de gris.

 

Prochaines représentations les 15, 18, 21 et 26 juin à 20h et le 24 juin à 15h au Grand Théâtre, Genève.
Rés. tél. 022 418 31 30, www.geneveopera.ch

 
Le Courrier
Vous devez être loggé pour poster des commentaires