Mercredi, 19 juin 2013

Quel périmètre pour l’aide au suicide?

MERCREDI 13 JUIN 2012

Dans son principe, le recours au suicide assisté est largement accepté, sinon toléré, parmi la population suisse. En témoignait, il y a un an, le refus massif des Zurichois d’interdire cette pratique. Pour une majorité de citoyens, on ne peut en effet aller à l’encontre de la volonté d’une personne affectée d’une maladie incurable ou gravement handicapée d’abréger ses souffrances, pour autant qu’elle soit en mesure d’opérer un choix pleinement conscient et délibéré. Et, comme le stipule le code pénal, pour autant que la tierce personne qui l’accompagne dans cet acte ultime ne soit pas mue par un motif égoïste.
Avec la votation vaudoise du 17 juin, la société est à présent appelée à délimiter le périmètre de cette activité dans le cadre institutionnel. Nul doute à cet égard que l’issue du scrutin aura des répercussions dans les autres cantons. Faut-il, comme le préconise l’initiative d’Exit, autoriser les associations d’aide au suicide à exercer sans restrictions dans tous les EMS publics? La démarche des initiants répond au souci d’éviter une pratique sauvage du suicide assisté: rappelons que devant le refus de certains établissements, Exit a effectué des assistances dans un camping-car.
L’exigence d’un endroit digne et d’un environnement sécurisant pour réaliser cet acte est légitime. Elle ne saurait toutefois faire oublier que les maisons de retraite sont d’abord des lieux de vie collective. On doit dès lors aussi prendre en compte l’impact psychologique d’un suicide assisté sur les autres résidents, les soignants, les animateurs.
Faut-il pour autant restreindre le libre choix individuel? Pour une vingtaine d’EMS de sensibilité religieuse militant pour le double non, il n’existe pas de droit absolu au suicide. Animés par des considérations morales sur le droit à la vie, qui rappellent, à l’autre bout de l’existence, le refus de l’avortement, ceux-ci plaident pour le statu quo, qui permet aux établissements d’accepter ou non cette pratique.
Les contempteurs de l’initiative ont aussi mis en relief le risque de dérives contenu dans ce texte. L’absence de contrôle des associations d’aide au suicide en est certainement un. Exit ne définit pas non plus sur la base de quels critères une autre organisation pourrait se prévaloir de ce rôle. Dès lors, la porte des EMS serait ouverte à des associations controversées comme Dignitas, dont les méthodes sont pour le moins sujettes à caution. Sa participation à la campagne sous couvert d’une entité prête-nom a comme souligné ce flou de l’initiative.
Le contre-projet gouvernemental, qui étend l’aide au suicide aux hôpitaux, prétend pour sa part éviter une banalisation de l’acte. Un avis médical préalable est exigé, afin de vérifier la capacité de discernement et la volonté du patient. Exit y voit, non sans raison, une mise sous tutelle déguisée: s’il s’oppose au suicide, un médecin pourra décider que le patient n’a pas le discernement.
Dans ce débat épineux, les arguments déployés de part et d’autre, entre respect du libre choix de la personne, souci de préserver la cohésion institutionnelle et détermination à empêcher les abus, ont chacun leur bien-fondé. Se résoudre à choisir n’en est que plus difficile.

 
Le Courrier
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