Mardi, 21 mai 2013

Au Musée de l’Elysée, Pieter Hugo raconte l’Afrique en face

DIMANCHE 10 JUIN 2012
Pieter Hugo, de la série «Hyènes et autres hommes» (2005-2007).
P. HUGO/STEVENSON GALLERY/YOSSI MILO/EXTRASPAZIO

LAUSANNE Le photographe sud-africain propose une plongée très personnelle dans les réalités subsahariennes.

S’il est une chose qu’on ne voit dans aucun des cliché grand format de Pieter Hugo, c’est le dos de ses sujets: toutes les personnes qu’il prend en photo font face à l’objectif. Au Musée de l’Elysée, à Lausanne, cette particularité saute d’autant plus aux yeux que le jeune photographe sud-africain ne se limite pas aux portraits: réalisées dans plusieurs pays subsahariens, ses séries mettent certes l’humain au centre, mais toujours dans un contexte fort. L’exposition «This Must Be The Place» montre un large éventail des travaux réalisés par l’artiste depuis 2003, dans ce qui est sa première rétrospective.
Pieter Hugo, certains s’en souviennent, était déjà montré à l’Elysée en 2005, dans «reGeneration». Venu de la photo documentaire, avec quelques incursions dans le photojournalisme de commande, notamment pour le New York Times, il revendique un travail artistique régulièrement engagé, qui traite des rapports de pouvoir ou de la véracité des images. «Je suis très influencé par une certaine forme de science-fiction: j’aime l’idée que la périphérie de notre monde puisse illuminer son centre.»

DARTH VADOR TOUT NU
Car c’est bien dans les marges que Hugo va chercher ses sujets, après en avoir eu vent dans les médias. C’était le cas de la série «Hyènes et autres hommes», réalisée au Nigeria autour d’animaux sauvages apprivoisés qu’un groupe d’artistes de rue promène dans les villes. C’est aussi le cas de «Permanent Error», sur les gigantesques décharges d’Accra, au Ghana, où une large partie de nos déchets électroniques finissent leur route.
Dans la série «Nollywood», le photographe s’est immergé dans l’univers particulier de l’industrie du film nigériane – tout de même la troisième au monde. On y voit un Darth Vador habillé d’un seul masque, trois mauvaises filles armées jusqu’aux dents ou une femme au regard blasé, qui tient par le manche le gigantesque couteau de cuisine qui lui transperce le buste.
Pieter Hugo s’est aussi intéressé à sa famille, aux Noirs albinos ou au Rwanda – l’Elysée montre quelques images pour le moins troublantes réalisées en 2004, dix ans après le génocide, dans des endroits restés abandonnés après l’horreur. Toutes ces séries sont partiellement montrées à Lausanne: un très bel ensemble de cent œuvres, qui raconte les différentes facettes du travail de Hugo. Reste cette question: lorsqu’un travail fonctionne le plus souvent par ensembles, le format de la rétrospective est-il le plus pertinent? N’aurait-il pas été mieux de limiter l’exposition à trois ou quatre séries, montrées de manière plus exhaustives?

 

Visions d’asile

Même région, autre focale: lui aussi montré au Musée de l’Elysée, l’Etasunien Roger Ballen, établi à Johannesburg depuis les années 1970, promène son Rolleiflex dans «Asylum» – une maison particulière ou cohabitent humains, oiseaux, chats, lapins ou souris. Ballen y organise des mises en scènes en noir et blanc, ou n’apparaissent que des fragments de la réalité de cet endroit à part.
En parallèle, l’Elysée présente plusieurs de ses nouvelles acquisitions, qui viennent enrichir une collection de plus de 100 000 photographies. On peut citer les albums d’Adrien Constant-Delessert, un autoportrait de Warhol en travesti ou une étonnante poupée de nouveau-né signée Catherine Leutenegger.

 

Musée de l’Elysée, 18 av. de l’Elysée, Lausanne, jusqu’au 2 septembre, ma-di 11h-18h, TéL. 021 316 99 11, www.elysee.ch

Le vendredi 22 juin dès 18h, le Musée de l’Elysée organise une nouvelle Nuit des images, après le succès de celle de l’an dernier. Dans le magnifique cadre des jardins de l’Elysée, photographie, vidéo et cinéma seront à l’honneur sur sept écrans, avec une quarantaine de productions inédites.

 
Le Courrier
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