Ethique sur l’étiquette
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C’est peu dire que la décision de Migros d’estampiller comme tels ses produits en provenance des Territoires palestiniens occupés provoque des remous. Ce week-end, c’était au tour d’une organisation européenne de prendre le relais des pro-israéliens suisses pour critiquer vertement le géant orange. Après tant d’autres, Migros découvre ce qu’il en coûte d’appeler un chat israélien un chat.
«Mesure déguisée de boycott», langage «malveillant et stigmatisant», traitement inégal vis-à-vis des régimes chinois et russe, voire «appel à la haine», tout y passe, et même les comparaisons les moins flatteuses dans la bouche d’habituels défenseurs de la «seule démocratie de la région»… Dans ces réactions outrées, néanmoins, peu de contestation de fond. Et pour cause: annexion illégale il y a bien, colonie de peuplement également. En ce sens, Migros ne fait que respecter la loi et la nécessaire vérité des informations délivrées aux consommateurs.
Le problème, visiblement, réside dans la crudité des mots qu’impose une lapidaire étiquette en un domaine où l’euphémisme et les contorsions règnent en maîtres. Dans la novlangue occidentale, près d’un demi-siècle d’occupation militaire se dit «conflit du Proche-Orient» et le refus d’un Etat palestinien, «droit à l’existence d’Israël».
Au-delà de l’appel au boycott lui-même, la première victoire des ONG palestiniennes et de leurs alliés suisses –qui avaient récolté 12000 signatures adressées aux distributeurs Migros et Coop– est de nous mettre face à cette réalité. Celle de l’exploitation de la main-d’œuvre et des ressources d’une nation sans Etat par les capitaux israéliens.
Un rapport de l’Organisation internationale du travail rappelle opportunément ces jours à quel point les obstacles mis par l’occupant israélien au développement économique de la Palestine, ainsi que l’accroissement sans fin des colonies israéliennes en Cisjordanie, réduisent dramatiquement l’espace vital des populations locales et obligent de plus en plus de Palestiniens à se faire engager dans les zones industrielles et agraires tenues par les Israéliens. Le jeu des permis délivrés au bon vouloir des autorités israéliennes en fait une masse de travailleurs dociles et corvéables à souhait.
Faut-il pour autant boycotter les produits issus de ces colonies au risque d’aggraver le chômage dans la région? Les syndicats palestiniens le pensent, qui ont rallié le reste de la société civile locale active depuis 2005 au sein de la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS).
Salutaire, la transparence édictée par Migros permet à chacun de se positionner librement. Elle n’en dissipe pas pour autant le sentiment de malaise. Que la coopérative admette l’illégalité de ces implantations et continue de vendre leurs produits laisse songeur sur le poids du droit confronté aux nécessités du commerce.
Mais il faut dire qu’en Suisse l’exemple vient d’en haut, puisque la Confédération n’a de cesse de signer des accords commerciaux favorables à l’Etat d’Israël. Pourquoi une entreprise privée devrait-elle se soucier davantage du droit international que l’Etat dépositaire des Conventions de Genève?





