Putschiste et chargé des droits humains
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NATIONS UNIES • L’organe qui sélectionne les rapporteurs spéciaux de l’ONU compte en son sein un curieux défenseur des droits humains en la personne de l’ambassadeur du Honduras, partisan du coup d’Etat de 2009.
Malaise au palais des Nations. Un haut responsable hondurien, qui a soutenu sans réserves le coup d’Etat dans son pays en 2009, a été élu au groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève en septembre dernier. Roberto Flores Bermudez, ambassadeur du Honduras dans la ville du bout du lac, fait partie des cinq diplomates chargés d’examiner la candidature des rapporteurs spéciaux, nommés par cet organe inter-étatique, qui mènent enquête dans la plupart des pays sur le respect des droits humains. Une élection qui fait grincer des dents dans les milieux diplomatiques. Plusieurs ONG ne cachent pas non plus leur grogne: «Que le gouvernement du Honduras envoie un tel personnage est déjà critiquable, mais que les autres Etats aient accepté de lui confier une telle mission aux Nations Unies, c’est un scandale!» déclare Melik Özden, chargé du programme droits humains au Centre Europe tiers monde, basé à Genève.
Négation du putsch
Au lendemain du coup d’Etat, le 29 juin 2009, Roberto Flores Bermudez, alors ambassadeur aux Etats-Unis, s’est rangé derrière les putschistes et a ouvertement justifié la prise de pouvoir par l’armée. Il a même assuré aux médias américains qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat: «C’est une procédure constitutionnelle de retirer son poste à un président qui a violé la loi», avait-il déclaré, cité par la radio étasunienne National Public Radio. Le diplomate faisait référence à la justification habituelle des hommes de main de Roberto Micheletti, qui avait renversé le président Manuel Zelaya: ce dernier ayant tenté de mener une consultation populaire sur un projet d’Assemblée constituante, ceci à l’encontre d’une décision de la Cour constitutionnelle, il devenait de facto légalement éjectable. Un raisonnement qui ne correspond pas à l’analyse de l’Organisation des Etats américains (OEA).
Nommé par défaut
Moins d’un an après le coup de force, Roberto Flores Bermudez est nommé ministre des Affaires extérieures du gouvernement de facto de Roberto Micheletti. A peine six mois plus tard, début 2011, il devient ambassadeur à Genève. Son élection au groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme se fait sans bruit en septembre de la même année. Les Etats
d’Amérique latine, qui doivent proposer un candidat, laissent passer sa nomination: «Nous n’arrivons pas à couvrir toutes les sessions et réunions importantes des Nations Unies avec nos petites délégations diplomatiques. Personne parmi les pays d’Amérique latine ne voulait de cette charge, une de plus», témoigne un ambassadeur d’un de ces pays, sous le couvert de l’anonymat. Une nomination par défaut, donc.
Si certains Etats latino-américains se sont dit indignés par cette décision, aucun n’a proposé un candidat de rechange, pas même Cuba. Interrogé sur ce sujet, un autre ambassadeur rétorque: «A quand remonte le péché? Je vous rappelle que l’OEA a reconnu le nouveau gouvernement après les élections organisées par les putschistes.» Cette reconnaissance, votée à l’unanimité à l’exception de l’Equateur, a été donnée en 2011 après la conclusion d’un accord permettant le retour au pays de l’ancien président Zelaya. Quant aux élections, mises sur pied fin 2009, elles avaient été boycottée par une l’opposition, qui dénonçait une «farce électorale» destinée à blanchir le putsch.
Ainsi, le Honduras réalise un coup de maître diplomatique à l’ONU dans le cadre de son processus de normalisation. Non seulement le gouvernement issu du putsch est désormais reconnu, mais il bénéficie de l’image honorable donnée par le CDH. Les autorités de Tegucigalpa ne manquaient d’ailleurs pas de s’en féliciter le 13 septembre dernier: «La diplomatie hondurienne a obtenu des avancées supplémentaires en matière de politique extérieure du pays», déclaraient-elle dans un communiqué. On peut en revanche douter que la cause des droits de l’homme dans le monde en sorte renforcée. Au Honduras, la répression des mouvements sociaux et les meurtres de journalistes continuent de plus belle... I





