Dimanche, 26 mai 2013

La guerre aux multirécidiviste: Eric Stauffer, MCG

MARDI 05 JUIN 2012
Eric Stauffer: «Aujourd’hui, les multirécidivistes sont 450, qui produisent 40% des délits, engorgent le Ministère public, la gendarmerie et la prison. Je n’ai pas inventé la poudre, je dis juste que j’aurai la volonté d’appliquer la loi.»
Jean-Patrick Di Silvestro

ÉLECTION PARTIELLE (II) • Le tribun du MCG Eric Stauffer, en axant sa campagne sur le seul sujet de l’insécurité, prétend diriger le Département de la sécurité. Le poste est déjà pris? «Un détail.»

Il avait essayé en 2005, puis en 2009. S’il échoue cette fois, ce ne sera que partie remise en 2013. Eric Stauffer, conseiller administratif MCG à Onex et député au Grand Conseil, prétend une nouvelle fois à une place au soleil du Conseil d’Etat. Et tant pis si elle est déjà occupée, puisque le fort en gueule veut ravir à Isabel Rochat le Département de la sécurité.

Votre discours sur l’insécurité est-il catastrophiste?
Eric Stauffer: Il y a quoi de faux? Les problèmes sont quotidiens. Et maintenant les cambrioleurs s’attaquent à des quartiers populaires, ça ne va plus! En 2009, j’avais promis de régler les difficultés en quarante-cinq jours. Le Département [de la sécurité] avait alors chiffré à 200 les criminels multirécidivistes qu’on ne peut renvoyer car ils cachent leur origine. Aujourd’hui, ils sont 450, qui produisent 40% des délits, engorgent le Ministère public, la gendarmerie et la prison. Comme on n’a pas de place, on les arrête le lundi et on les libère le mercredi. Je n’ai pas inventé la poudre, je dis juste que j’aurai la volonté d’appliquer la loi. On peut incarcérer ces gens pendant dix-huit mois, avec des conditions drastiques mais conformes à la loi et aux droits de l’homme: une heure de sortie par jour. Après le premier mois, ces gens retrouveront la mémoire et accepteront un départ volontaire dans leur pays.

Où les enfermez-vous?
Je crée une zone de détention administrative à l’Aéroport, avec des containers modulables. Vider les prisons et les rues allègera le travail de la police, de la justice et des gardiens de prison, nous aurons le personnel nécessaire à l’encadrement. Que nous propose le gouvernement? Une extension de Frambois pour 2015 de trente places. A ce rythme, les multirécidivistes seront 800.

Pour résoudre la crise du logement, le MCG dit qu’«il n’y a qu’à» déclasser massivement des zones...
Il faut déclasser sans remèdes homéopathiques là où un remède de cheval est nécessaire. Le MCG propose de rattraper le retard accumulé d’une quinzaine de milliers de logements. Mon plus grand reproche à ce gouvernement, c’est d’avoir cédé à la facilité en déclassant des zones villas. Au détriment de la mixité sociale, tout en mettant les communes sur les pattes arrières. Si l’Etat ne réfléchit pas à donner un coup de pouce financier aux communes pour les infrastructures, on ne sortira jamais du marasme. Construire, c’est bon également pour l’économie, car tous les Genevois qui travaillent à Genève et partent habiter dans le canton de Vaud, c’est zéro franc d’impôts!

Les communes pleurent parfois la bouche pleine...
C’est vrai, elles sont souvent d’accord de construire, mais pas chez elles. Dites-leur qu’on va les doter d’un super-budget pour les infrastructures, et cela changera. Mais je me demande si la classe politique, à l’exception du MCG, en a envie. Car la machine électorale de l’Asloca et des milieux immobiliers est très performante.

L’Asloca, justement, vous reprochera de ne pas avoir défendu les législations protégeant les locataires...
On est dans une économie de marché. Pour faire baisser les loyers, il faut augmenter drastiquement l’offre et non pas doter le canton d’un carcan législatif qui ne créera pas un seul logement.

Le MCG, très pro-voiture, s’est opposé au CEVA...
Son tracé remonte à 1912, quand il n’y avait pas de routes pour relier les deux réseaux ferroviaires, le CEVA n’est plus adapté à la démographie genevoise. S’il avait été imaginé de faire un métro reliant les agglomérations d’Annemasse et de Saint-Julien, cela aurait fait du sens.

En termes d’aménagement, peut-on se passer de la région?
Mais nous sommes pour la région franco-valdo-genevoise...

Vous voulez dire le Grand Genève...
Evidemment, c’est un nom qui nous plaît puisque nous voulons que Genève conserve son leadership. Son aura a contribué à l’épanouissement de la région. Sans Genève, l’Ain et la Haute-Savoie seraient des départements ruraux. La première des priorités, c’est accorder prioritairement l’emploi aux résidents genevois. Car cela diminuera drastiquement les budgets du social. Puis il faut offrir assez de logements sur Genève pour conserver les effets secondaires économiques et ne pas les jeter en pâture à la région.

Vous parlez du développement de Genève, pas de la région...
Je suis un élu genevois, je défends mon canton.

Vous défendez le moins d’impôt, n’est-ce pas incohérent avec le fait de demander davantage de moyens pour la police?
Non. Il faut une économie forte pour faire du social efficace. A l’Etat, il y a des endroits où il y a trop de fonctionnaires. Avec des départs à la retraite non remplacés, on peut faire baisser leur nombre.

En dix ans, on a abandonné un milliard de recettes fiscales. Ça creuse la dette?
Non. Car cela donne une économie plus forte.

Que défendez-vous en matière d’énergie?
Genève pourrait atteindre l’autosuffisance énergétique avec une énergie propre. Il existe une faille entre le Salève et le Jura qui est exploitable pour la géothermie de moyenne et grande profondeur. I

 

«J’ai du caractère et je le fais savoir»

Vous axez entièrement votre campagne sur la sécurité, mais le poste est déjà pris.
C’est un détail. Le collège gouvernemental peut en tout temps faire une nouvelle répartition des dicastères. J’appelle la population à voter pour moi, afin que je reprenne ce département. Car l’intégrité physique est le problème numéro 1 et on voit bien que l’action gouvernementale n’est pas adaptée. Je demande à la population d’envoyer un message clair au gouvernement.

Les gens ont aussi des problèmes d’emploi, de transport, de logement...
Bien sûr. A Onex, j’avais demandé à reprendre la sécurité, cela m’a été refusé par mes collègues de l’exécutif. J’ai démontré en dirigeant les finances, la culture et les bâtiments que je peux être efficace et à l’aise à n’importe quel poste. Depuis une année que je siège, vous n’avez jamais entendu une critique. La collégialité fonctionne, il y a une très bonne ambiance, on avance très rapidement sur les dossiers.

Le peuple doit remplacer Mark Muller, qui a quitté le gouvernement pour des problèmes de comportement. Vous-même êtes connu pour certains débordements. Etes-vous la meilleure personne pour le remplacer?
Ce n’est pas parce qu’on a du caractère qu’on ne doit pas être éligible. Moi, j’ai du caractère et je le fais savoir, mais toujours dans le respect de la loi. Je n’ai jamais été condamné pour une rixe.

La Chancellerie affirme que vous n’aviez pas fait état de plaintes à votre égard ni de 140 000 francs de dettes et défaut de paiement.
Pour recevoir un certificat de bonne vie et mœurs, il ne faut rien avoir de probant en cours. La police a dû estimer que les plaintes seraient classées, car, pour établir mon certificat, l’état major a pris contact avec le Ministère public. De bonne foi, j’ai répondu ne pas faire l’objet de plaintes, car en cas de classement, je ne peux même pas savoir que l’affaire a été classée, car j’ai seulement été entendu comme témoin. L’une des plaintes vient de Santésuisse, dont nous avons dénoncé les magouilles sur une affiche. J’en suis fier! Quant aux dettes, c’est faux. En 2011 [lors du dépôt de candidature pour siéger à Onex], la Chancellerie n’ a rien dit et, aujourd’hui, sur les mêmes bases légales, elle estime que la situation aurait changé? Je n’ai aucune dette ni aucune poursuite en force. Et je n’ai aucun moyen de radier des arriérés venant de sociétés qui ont disparu, quand bien même ils ont été réglés, si ces sociétés n’ont pas elles-mêmes, à l’époque, demandé leur radiation.

Au-delà de la loi, on demande à un conseiller d’Etat de respecter aussi un cadre moral et éthique.
C’est très subjectif. C’est pourquoi j’ai fait la demande d’un certificat de bonne vie et mœurs. La police certifie que j’ai une bonne réputation. Si «humidifier» un de mes collègues député est contraire aux mœurs, c’est votre jugement. Moi, j’estime que la riposte était sous-proportionnée. Je suis cash. Quand le peuple me confie la fonction de député du seul vrai parti d’opposition, mon rôle est d’être le dard qui pique, j’assume ce rôle. Quand il me confie la fonction de magistrat dans un collège gouvernemental, vous avez entendu une critique? L’histoire du verre d’eau, ça ne pourrait plus arriver, car je ne serais pas dans la même fonction. PBH/RA.

Commentaire

Il attend son étoile

Eric Stauffer l’affirme: son heure est venue. Mais sur le papier la partie semble difficile. Car le tribun MCG peut seulement compter sur le soutien de l’UDC. Son discours massue séduira-t-il des brebis égarées de la gauche unie? Ou piquera-t-il, plus certainement, des voix à Pierre Maudet?
La semaine passée, l’homme habitué à lancer les charges a été contraint à la défensive. Comme les autres candidats, M. Stauffer a dû donner des informations sur sa situation personnelle. Mais la Chancellerie les a considérées comme inexactes et les a modifiées. M. Stauffer a alors crié au complot. Peu convaincant.
Les plaintes à son égard seraient en voie de classement? Pourquoi les avoir tues? Ses actes de défaut de biens datent pour la plupart de plus de dix ans, certaines poursuites ont été réglées directement en mains des créanciers sans disparaître pour autant? Pourquoi ne pas l’avoir dit avant?
Le 17 juin, les Genevois devront se demander s’ils veulent remplacer Mark Muller, parti pour avoir menti, par un candidat qui semble lui aussi jouer avec la vérité – du moins si les affirmations de la Chancellerie se vérifient.
L’autre question porte sur l’attitude provocatrice de M. Stauffer, connu pour son verre d’eau lancé à la tête de Pierre Weiss, l’altercation avec un député à la buvette du Grand Conseil ou encore sa présence armée en commission du parlement...
M. Stauffer assure que, comme conseiller d’Etat, il saura se tenir, mais on n’oublie pas que, le premier, il a applaudi Mark Muller quand tout le monde pensait encore qu’il avait «virilement» défendu son amie.
Sur le fond comme sur la forme, M. Stauffer veut donner l’image du shérif, seul contre toutes les crapules, mal élevé mais providentiel. Son cinéma, lassant, fait pourtant des émules. Sur certains thèmes, Pierre Maudet semble courser le populiste – priorité à l’embauche aux résidents (aux chômeurs locaux dans la version bourgeoise); action musclée en matière de sécurité; écrémage parmi les fonctionnaires. Elu ou non, M. Stauffer a déjà marqué des points. RACHAD ARMANIOS

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