Samedi, 25 mai 2013

Les perdants magnifiques

DIMANCHE 03 JUIN 2012

PORTRAITS • «LES PROCHAINS» DE PASCAL REBETEZ

Pierrot des bouquins, la mariée de Cotonou, Hubert le baron ainsi que vingt-deux autres personnages peuplent Les Prochains, le dernier livre de l’écrivain romand Pascal Rebetez. L’auteur jurassien rend ici hommage à des femmes et à des hommes qu’il a rencontrés ici et là au hasard de son parcours. Il en résulte un livre comportant vingt-cinq portraits, des esquisses de vies singulières d’individus souvent hors normes, obsessionnels, voire «perdants magnifiques». Parmi ces gens, on croise donc Hubert-Nicolas, autoproclamé baron et collectionneur de hiboux en bois, métal, pierre et terre cuite, pittoresque habitant de quelque village jurassien. Ou encore «la Jeanne», une architecte qui s’est assuré la collaboration du peintre Fernand Léger au cours de ses divers chantiers de remises en état d’églises. Des «oubliés» qu’il valait la peine de raconter, voire au besoin de ressusciter en quelques lignes. Quant au titre lui-même, il vibre sur plusieurs notes, évoquant la proximité autant que l’idée chrétienne d’aimer son «prochain» comme soi-même, et donne ainsi à réfléchir: qui, au rythme où va l’économie, sera la prochaine ou le prochain à rejoindre ce petit peuple de ceux que la Bourse a estampillés «obsolètes»?
Le livre, qui ne laissera sans doute personne de glace, est né de la conviction de Pascal Rebetez qu’on est en partie le produit des personnes qu’on rencontre. L’écrivain donne à voir la précieuse humanité de ces «sans voix» et autres «largués», de ces gens quelquefois maltraités par la vie. Portrait après portrait, il construit une sorte de mémoire à plusieurs voix, exprimée avec humour et tendresse face à la vanité des puissants. Qu’on songe seulement aux tribulations de Madame Mei, Vietnamienne arrivée à Paris dans des conditions rocambolesques, dont il est question au début de l’ouvrage. De quoi rappeler habilement au lecteur qu’à l’écart du disque de lumière des projecteurs existe, survit, bringuebale toute une humanité; qu’en fin de compte le poncif «personne sans histoire» relève, sinon de l’injure, du moins de la chimère. Que ceux qui écrivent l’Histoire des vainqueurs le veuillent ou non.

 

PASCAL REBETEZ, LES PROCHAINS, ED. D’AUTRE PART, 2012, 161 PP.
Lundi 4 juin à 18h30, Pascal Rebetez est l’invité d’un apéritif littéraire au restaurant genevois La Mère Royaume (4 pl. Simon-Goulart), dans le cadre des rencontres de La Compagnie des Mots. Entrée libre.

 
Le Courrier
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