Vendredi, 24 mai 2013

Nestlé, honte nationale

SAMEDI 26 MAI 2012

Nestlé pèse 100 milliards de francs en Suisse. Cela lui donne-t-il tous les droits? A entendre la multitude de critiques tranchantes des ONG et des syndicats à l’égard de la firme suisse, et à considérer le peu, voire l’absence, de réactions des milieux politiques, on pourrait penser que c’est le cas. La liste commence pourtant à s’allonger, et présente un aspect plutôt sinistre: mort de milliers de bébés chaque année dans les pays pauvres en lien avec la publicité pour le lait en poudre, pourtant interdite, qui se poursuit, espionnage et infiltration d’ONG, dégâts aux nappes phréatiques, politique antisyndicale quasi systématique, etc. Le dernier scandale en date, celui du licenciement collectif de 53 grévistes en Indonésie ne représente qu’un cas parmi tant d’autres.

Nestlé dépense probablement davantage en papier glacé et en spots publicitaires pour vanter sa «responsabilité sociale» que pour respecter ou préserver les droits humains. Et un géant industriel de sa taille dispose d’une capacité de nuisance colossale! Que ce soit par ses actions directes – politique d’embauche, relations avec les riverains, impact sur l’environnement – ou par ses omissions.

Prenons l’exemple du cacao. «Nestlé exerce une influence sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et aurait les moyens de s’engager activement contre les conditions de travail indignes dans les plantations», indique la Déclaration de Berne. Des plantations où le travail des enfants est monnaie courante. Or, en payant un prix équitable aux producteurs, Nestlé pourrait contribuer de manière déterminante à améliorer la qualité de vie de milliers de personnes. On

attend toujours…

Le plus surprenant, de prime abord, est la légèreté et l’arrogance avec lesquelles la direction de Nestlé affronte les critiques. Dénégations pures et simples, explications fausses, vaseuses, et à géométrie variable, et répétition de la même antienne magique: «Nous respectons la loi.» La plupart du temps, la firme ne répond pas aux questions. Ou se pose en «médiateur» entre la filiale locale en cause et le syndicat récalcitrant.

Une stratégie globale qui s’avère payante. Pour l’instant. L’adoration de Nestlé comme le veau d’or par nos élites politiques d’un côté, l’allégeance des grands médias de l’autre, complétées par la passivité pétrifiée des employés suisses («Un mot, et c’est la porte!», murmure-t-on dans les couloirs des usines), lui assurent l’impunité. La multinationale de Vevey ne reculera que si travailleurs, ONG et consommateurs haussent le ton, et surtout s’ils joignent la parole aux actes. Le boycott des produits Nestlé des années 1970 avait été couronné de succès…

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Nestlé suscite l’ire des syndicats

Les faits remontent à octobre dernier. Après avoir mené une grève de cinq jours pour réclamer l’application du droit de négocier leurs salaires, 53 employés de la fabrique de Nestlé Nescafé de Panjang en Indonésie ont été sèchement licenciés. Et ce, juste quelques heures après que le syndicat d’entreprise local, le SBNIP, avait trouvé un accord avec la firme suisse: en échange de l’arrêt ...
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