A quand un congé paternité?
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Il aura fallu attendre soixante ans pour que l’article constitutionnel instituant un congé maternité se traduise dans la loi. Combien faudra-t-il patienter pour que la Suisse accouche d’un congé paternité?
Travail.Suisse milite pour l’instauration d’un congé de vingt jours au niveau national et reconnaît qu’on en est loin. Mais la faîtière syndicale se veut optimiste: le concept avance lentement, mais il avance. L’organisation, qui représente 170 000 employés, montre dans une enquête que la moitié des cantons, dont toutes les administrations romandes, offrent au moins cinq jours de congé aux jeunes pères. Et sur vingt-cinq villes listées, rares sont celles prévoyant moins que cette durée. Certes, il s’agit d’un minimum pour accueillir un enfant. Il est loin d’aller de soi vu le quasi-vide légal actuel. Suivant le Code des obligations, un papa peut réclamer un jour pour une naissance… au même titre que pour un déménagement!
A l’inverse du législateur, des employeurs publics mais aussi privés ont saisi l’importance de permettre également aux pères de se préparer à la parentalité. Près d’un tiers des nonante conventions collectives de travail négociées par les organisations membres de Travail.Suisse instituent au moins cinq jours libres rémunérés. Cette année, par exemple, Alpiq et l’industrie horlogère s’y sont mis, comme Basf, qui offre dix jours aux jeunes papas. Des municipalités, montrant l’exemple, vont bien plus loin. Lausanne et Berne offrent trois semaines, et même quatre pour Genève depuis 2011 – cette modification a malheureusement échappé à Travail.Suisse qui en reste à deux jours dans son tableau!
Plusieurs facteurs expliquent cette (relative) évolution des mentalités. D’abord, le combat des femmes pour le congé maternité a évidemment ouvert la voie. Et ouvert les yeux sur les besoins des familles. Ensuite, le manque de main-d’œuvre qualifiée incite des patrons à attirer les jeunes adultes par des dispositions favorables. Mais, surtout, l’expérience et des études ont montré que l’effort financier est récompensé par un réel retour sur investissement. Les congés parentaux favorisent la motivation des employés et les fidélisent.
En revanche, les petites structures sont encore freinées par les coûts à leur charge. C’est pourquoi une solution nationale, en mutualisant le congé paternité, rendrait ce dernier accessible aux PME. C’est bien le cas pour les jours d’armée. Les familles sont-elles moins importantes?
C’est aussi et surtout une question d’égalité: les mères n’ont pas à assumer seules la parentalité et les pères ont le droit d’incarner le rôle qui leur revient. Il comporte beaucoup de joie… et beaucoup de travail.
A cet égard, peut-on décemment parler d’un «congé»?





