Le bon moment pour partir
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Afin de ne pas prêter le flanc aux critiques quant à l’incompatibilité de sa fonction de grand argentier neuchâtelois avec celle de président du conseil de banque de la Banque nationale suisse (BNS), Jean Studer a décidé de quitter le Conseil d’Etat fin juillet déjà. Fidèle à lui-même, il a décidé seul de la date de son départ.
Incarnant totalement la fonction de chef, l’homme fort du gouvernement a mené la barque, sa barque, avec poigne et fermeté, une main de fer sur les cordons de la bourse. Usant de son éloquence, de son énorme capacité d’argumentation et de persuasion, de la crainte qu’il sait susciter chez son vis-à-vis et, pour les récalcitrants, de ses mémorables coups de gueule, il a fait passer tambour battant d’importantes réformes pour le canton.
Sûr de lui, fonceur, dominateur, Jean Studer est convaincu de la justesse de son jugement. Et gare à ceux qui ne pensent pas comme lui ou osent le contrer. Sa vision presque autocratique du pouvoir, heureusement alliée à un sens tactique et stratégique indéniable, en a fait l’homme fort qu’il est. Vraiment?
Outre l’évidente opportunité qui s’offre à lui à la BNS, son départ n’est peut-être pas totalement fortuit. Homme de gauche, il est respecté, voire admiré, à droite, jusqu’au sein d’économiesuisse. Longtemps vénéré dans son parti, l’histoire d’amour s’est depuis quelque peu ternie. Il n’y est plus forcément l’homme providentiel. Au PS, face à son ministre qui mène parfois une politique de droite, notamment sur les questions financières et fiscales, on s’est tu, un peu embarrassé. La droite, trop heureuse de cette situation, s’est elle aussi bien gardée de monter le ton. A sa décharge, à son arrivée en 2005, les finances cantonales étaient au plus mal et il fallait agir.
Mais comment expliquer que, en tant que socialiste et homme clé du Conseil d’Etat – quand bien même celui-ci, dès 2009, est à nouveau à majorité PLR –, il ait proposé une réforme de la fiscalité des entreprises qui a relancé la concurrence fiscale entre cantons? Certes, en supprimant les exonérations fiscales – encore que des exceptions sont possibles –, le système neuchâtelois a l’avantage d’être eurocompatible. Mais fallait-il pour autant diviser par deux l’impôt sur le bénéfice des sociétés anonymes et par cent celui sur le capital des holdings? Avec un taux d’impôt total (communal, cantonal et l’impôt fédéral direct) de 15%, Neuchâtel caracole désormais en tête des cantons fiscalement attractifs, rivalisant même avec l’Irlande. Pis, alors que les Neuchâtelois payent les impôts les plus élevés du pays et que des cadeaux fiscaux avaient déjà été faits aux entreprises en 2001, la réforme de la fiscalité des personnes physiques a été conditionnée à l’acceptation de celle des personnes morales. Un vil chantage.
Si de nombreuses réformes ont été des succès, d’autres ont des résultats plus mitigés. La fusion de la police n’a pas permis les économies escomptées. Même réformée, la justice souffre d’un déficit structurel en personnel. Dans le dossier de la recapitalisation de Prévoyance.ne, l’Etat semble réticent à assumer ses responsabilités. Au sein du gouvernement aussi, Jean Studer n’apparaît plus comme totalement intouchable. Récemment, il a été minorisé sur le dossier d’Hôpital neuchâtelois.
Indéniablement, le canton lui doit beaucoup. Mais peut-être que le ministre a senti qu’il était temps pour lui de se tourner vers des horizons plus larges.





